par Camille Paulhan

 

« Au-delà des étoiles. Le paysage mystique de Monet à Kandinsky »
Musée d’Orsay - Jusqu’au 25 juin 2017

 

Tel est sans doute l’un des aspects les plus merveilleux du musée lorsqu’il réussit à vous faire voir sous un angle nouveau des œuvres que l’on pensait déjà connaître, parce qu’on les avait découvertes entre ses murs ou tout simplement parce qu’elles appartiennent à une histoire de l’art partagée. Et quand la joie de redécouvrir s’ajoute à l’éblouissement de découvrir des œuvres mystérieuses d’artistes dont vous n’aviez jamais entendu parler, le musée réussit sans doute son rôle de conducteur vers la contemplation et la réflexion. Pari réussi pour « Au-delà des étoiles. Le paysage mystique de Monet à Kandinsky » au Musée d’Orsay, dont le titre biscornu et à rallonge aurait pu faire craindre le pire mais qui offre tout au contraire une visite des plus engageantes, servie par une scénographie discrète.

L’enjeu de cette exposition, à la fois de taille humaine et rassemblant un nombre important d’œuvres de grande qualité, est de renouveler le regard sur la représentation du paysage au tournant du XXe siècle, représentation mise au service de l’expression de questionnements mystiques. En cinq grandes sections, l’exposition renouvelle considérablement le regard sur un genre pictural encore souvent méprisé et montre toute la puissance esthétique, politique, philosophique, religieuse ou même littéraire que le paysage peut revêtir.

 

 

PARU LE 12 JUIN 2017

 

Bruno CARBONNET

Cloaque

Conte / 88 pages / 14 x 21 cm / 13 euros
ISBN : 979-10-96911-03-5

 

 

« C’est la fin de la voie douloureuse, la fin de l’eau muette, la fin de la plainte. Les réverbérations blafardes de la surface ont disparues. Les âmes entendent des tambours légers et les clochettes fouettés dans les courbes des gouttes d’eau d’une autre mer. L’immense ombre inconnue devient clarté. Là le navire creux s’évanouit et se transpose. Le vaisseau mute en une haleine, une ventilation. Une respiration sur l’île de roches noires, sur l’ancien volcan. C’est là qu’elle émerge. C’est là qu’elles surgissent. »


par Camille Paulhan

 

Intrigante intuition de la commissaire Léa Bismuth, qui nous avait déjà habitués à des expositions organisées autour d’un objet littéraire, que de se pencher sur la figure de Georges Bataille : trois expositions sont ainsi envisagées au centre d’art Labanque (Béthune) jusqu’en 2019, sous le titre général La traversée des inquiétudes. La première, Dépenses, s’appuie sur La part maudite (1949), sans qu’il soit pour autant question d’illustrer l’ouvrage ou même de proposer une recontextualisation savante de la pensée de l’auteur. Il s’agit plutôt de se laisser dériver en quatre chapitres (énergie, excès, don et rituel), dans le cadre paradoxal des lieux, à savoir une ancienne succursale de la Banque de France, respirant plus le secret et la discrétion que l’opulence et le luxe. 

En ce sens, le magnifique texte de Marcel Duchamp imaginant, comme s’il s’agissait d’une possible invention pour le concours Lépine, un « transformateur destiné à utiliser les petites énergies gaspillées » du corps (rire, larmes, étirement, bâillement, éternuement…), affiché dès l’entrée de l’exposition, donne bien le ton. Nous sommes là dans un registre symbolique, et les artistes de Dépenses dont les œuvres sont les plus marquantes ne sont pas forcément ceux qui cherchent le plus à impressionner, mais au contraire ceux qui tissent autour de ce symbolisme de minces toiles fragiles. Ainsi, aux bavardes peintures de sang de Laurent Pernot ou à la didactique vague de blé émergeant d’un coffre-fort de Gilles Stassart, on préfèrera les matérialités complexes mises en jeu par d’autres : c’est, par exemple, l’odorante graisse d’un mouton sacrifié, aux flaveurs douceâtres, que présente Mounir Fatmi sur un austère cadre de métal. Ou encore les vibrants papiers de soie brûlés que Manon Bellet a disposés sur le mur et qui volètent dès qu’un visiteur s’approchent d’eux. Voire les arbres morts de Lionel Sabatté dont les pâles floraisons opalescentes se révèlent composées – pour peu que l’on prenne la peine de s’en approcher de plus près – de résidus corporels d’habitude peu ragoûtants mais ici réunis avec délicatesse. 

 

par Jean-Claude Hauc

 

Jacques Henric
Boxe
Paris, Seuil, « Fiction & Cie », 2016, 
240 p., 18 €.

 

Dans la plupart de ses livres récents, Jacques Henric tisse sa toile à partir de souvenirs ou de faits intimes : son parcours parmi les avant-gardes littéraires du XXe siècle avec Politique, un cancer de la prostate avec La Balance des blancs. Dans Boxe, c'est une sorte de traumatisme d'enfance qui oriente la narration. Un coup de poing au visage reçu sans raison véritable de la part d'un camarade de classe passablement demeuré qui le laisse sans voix, provoquant une sorte de paralysie du bras droit qui l'empêche de se défendre ou de répliquer. « Ce n'était pas un bras pesant un poids de plomb qui pendait à mon flanc, se souvient l'écrivain, mais la sensation de son absence soudaine, ou plutôt la présence d'un membre fantôme. » Le souvenir de cette expérience demeuré longtemps enfoui remontera à la surface lorsque Jacques Henric rencontrera le boxeur Jean-Marc Mormeck.  Le double champion du monde des poids lourds-légers doit alors remettre son titre en jeu dans la mythique ville de Kinshasa et l'écrivain l'accompagner afin d'écrire un texte sur ce combat qui finalement sera annulé. C'est de cette déception et de la remembrance du trauma enfantin que le projet de Boxe va prendre corps. 


par Fabien Pinaroli

 

Alighiero Boetti
Tornabuoni Art - Passage de Retz
9 rue Charlot 75003 Paris
Jusqu'au 8 avril 2017
http://www.tornabuoniart.fr/alighiero-boetti.php

 

Alighiero Boetti, Lavoro Postale (Permutazzione), 1975 (détail) © Fabien Pinaroli


par Camille Paulhan

 

HERstory – des archives à l’heure des postféminismes
Maison des arts de Malakoff, jusqu'au 18 mars 2017
Et sur Internet : chaîne Youtube « HER story »



Décidément il n’y a pas que les féministes qui soient, comme le dit avec humour Esther Ferrer, des esprits râleurs et redresseurs de torts. Ces derniers temps, dès qu’une exposition s’engage à montrer des artistes femmes ou à proposer une pensée féministe forte, on entend systématiquement un chœur de pleureurs qui prétend qu’il n’y en aurait que pour « elles ». Elles ? Mais où donc ? En tout cas pas dans les musées, ni les FRAC, ni les centres d’art, ni les galeries, où elles représentent de fait une part assez ridicule des achats et des expositions en regard de la proportion des étudiantes dans les écoles d’art supposées fournir les viviers de jeunes artistes à venir. Alors, évaporées, les femmes ? Non point, mais négligées, et « redécouvertes » – terrible mot – lorsque l’âge avance : regardons de plus près les trajectoires d’Hessie, de Pierrette Bloch ou d’Aurélie Nemours pour nous en convaincre, s’il faut donner ici quelques exemples.