par Alexandre Mare


CRITIQUE / ETHNOLOGIE

 

Keith Basso
L’eau se mêle à la boue dans un bassin à ciel ouvert
Traduit de l’anglais par Jean-François Caro ; préface de Carlo Severi,
Bruxelles, Zones sensibles, 190 p., 20 €.

 

Keith Basso (1940-2013) était sans doute un drôle d’homme. Tout à fait sérieux a priori. Cow-boy, Basso partait souvent pour de longs trecks goûter à l’immensité des paysages de l’Arizona ou pour suivre le bétail de ses amis indiens. Entre temps – à moins que ce ne soit le contraire – Keith Basso était professeur à l’Université du Nouveau-Mexique et sans conteste l’un des anthropologues les plus avisés qui soient dont la majeure partie de son travail, et de son œuvre, fut consacrée à l’étude des Apaches occidentaux – les indiens Apaches qui vivent en Arizona entre le fleuve Colorado et la Gila river – se concentrant principalement sur la communauté de Cibacue située dans la réserve indienne de Fort Apache.


par Côme Martin


CRITIQUE / BANDE DESSINEE

Jochen Gerner et Emmanuel Rabu
RG, renseignements généraux Paris
L’Association, 2016, 176 p., 23 €

 

L’œuvre d’Hergé, en particulier Les aventures de Tintin, fait partie des rares bandes dessinées à avoir planté leurs racines dans l’imaginaire collectif. Tout le monde connaît Tintin et ses acolytes, ce qui en fait un excellent candidat à la déconstruction et à la réappropriation, comme si le mythe hergéen était désormais un boîte à outils, ou un empilement de signes que l’on pourrait assembler de toutes les manières possibles; ce dont ne se sont pas privés, entre autres, les OuBaPiens, dont Jochen Gerner lui-même, depuis près de 25 ans.


par Alice Leroy

CRITIQUE / IMAGES EN MOUVEMENT


Philippe-Alain Michaud, Sur le film
Paris, Macula, 2016, 464 p., 38 €.

 

L’historien de l’art spécialiste du film expérimental et commissaire de la remarquable exposition consacrée ces derniers mois à la Beat Generation au Centre Pompidou réunit dans un impressionnant ouvrage ses écrits sur le rapport entre le film et les autres arts, et propose une histoire des images en mouvement à partir des formes expérimentales explorées en d’autres lieux que la salle de projection. Au fil de chapitres issus pour la majorité d’entre eux de textes antérieurs, se dessine l’unité d’une œuvre théorique puissante, s’inscrivant en faux contre une ontologie indicielle du cinéma, et ouvrant sur une autre histoire du film : celle des reprises, dérives, parodies, qui appliquent le principe d’analogie à l’autoréférentialité des images plutôt qu’à la reproduction mimétique du monde. 


par Claude Chambard

 

CRITIQUE / LITTERATURE

Yoko Tawada, Histoire de Knut
Traduit de l’allemand par Bernard Banoun,
Verdier, collection « Der Doppelgänger », 2016, 288 p., 20€.

 

Voici un livre de troisième main, de troisième langue plus exactement. Originellement écrit en japonais par l’auteure – ainsi qu’il est écrit dans la version française –, Yoko Tawada l’a traduit elle-même en allemand – elle vit depuis plusieurs années à Berlin près Hambourg – et enfin Bernard Banoun, fidèle entre les fidèles à cette œuvre exigeante construite depuis un quart de siècle, l’a traduit pour notre plus grande édification et notre meilleur plaisir.

Le titre allemand est Etüden im Schnee, littéralement Étude dans la neige. En Grande-Bretagne Memories of a Polar Bear, Mémoires d’un ours. Nous voici donc ici en prise directe avec Knut l’ourson du zoo de Berlin. Knut qui devint rapidement l’objet d’une véritable « Klutmania », avec jouets, émissions de télévision, dvd et livres. Élevé par ses gardiens, il meurt à cinq ans d’une infection cervicale causée par un virus en 2011. 


APERCU

par Gwilherm Perthuis

 

Jan Fabre. Stigmata – Actions & Performances 1976-2016
Musée d’art contemporain, Lyon, jusqu’au 15/01/2017

 

 


CHRONIQUE MEMORIAL (13)

Par Anthony Dufraisse

 

Horacio Quiroga, Journal de voyage à Paris
Lyon, PUL, 2016, 151 pages, 16 €.

 

Il faut toujours jeter un œil aux notes de bas de page. Pour peu en effet qu’on veuille bien se donner la peine d’aller y voir, on trouve parfois les raisons d’une publication. Prenez la note numérotée 39, page 15 : « C’est l’une des principales fonctions du journal d’écrivain que de servir de matériau, d’atelier d’écriture, voire d’avant-texte à une œuvre future ». Voilà qui justifie l’édition du Journal de voyage à Paris, inédit en français, de l’Uruguayen Horacio Quiroga (1878-1937). Ce n’est pas un chef-d’œuvre méconnu qu’on aurait découvert en criant au génie, ce ne sont pas là des pages qu’on retrouvera dans une anthologie latino-américaine, pas plus qu’il ne s’agit d’un document historique décisif sur le Paris de 1900 qui accueille l’Exposition universelle. Plus modestement, et plus fondamentalement peut-être, ce sont des traces d’une œuvre en devenir, des signes de vie et de création d’un jeune homme qui ne sait pas encore qu’il sera cet écrivain, ce conteur qui, avant Cortazar, avant même Borges, originaires eux aussi du Rio de la Plata, fera naître ce fantastique latino-américain si particulier. À cette époque, il n’a pas encore donné la pleine mesure de son talent, que l’on sent affleurer ici même sous une hypersensibilité. Le 24 avril 1900, Horacio Quiroga débarque donc à Paris : « En me voyant arriver avec ma crinière, les Parisiens doivent se dire que je suis un poète exilé du pôle Sud ». On ne saura jamais si les Parisiens ont vu en lui un épouvantail ; en revanche on sait ce que lui a pensé de ses compagnons de traversée. Car avant le débarquement, il y a eu l’embarquement.



ART CONTEMPORAIN / SON

par Gwilherm Perthuis

 



Quel que soit le médium utilisé, l’artiste française Cécile Le Talec (1962) interroge depuis près de trente ans les liens entre le son, la musique, les enregistrements et les lieux, le paysage, l’architecture. Le titre de la monographie qui lui est consacrée aux éditions Dilecta, le mot-valise Sonorama, agrège les deux enjeux fondamentaux de ses recherches : les multiples modalités d’apparitions et de réceptions du son ainsi que l’ouverture panoramique sur un paysage, une étendue, un territoire. Cécile Le Talec part à l’aventure, munie d’une simple carte, traverse le paysage et capte les sonorités, les voix qui peuplent et caractérisent telle région, telle société, tel groupe d’individus. C’est à partir de ces matériaux bruts, mais aussi de ses rencontres sur le terrain avec des compositeurs, des scientifiques, ou des linguistes, qu’elle décline plastiquement – par la sculpture, la photographie, le dessin, l’installation ou la vidéo – une certaine histoire des arts sonores.