par Claude Chambard

 

CRITIQUE / LITTERATURE

Yoko Tawada, Histoire de Knut
Traduit de l’allemand par Bernard Banoun,
Verdier, collection « Der Doppelgänger », 2016, 288 p., 20€.

 

Voici un livre de troisième main, de troisième langue plus exactement. Originellement écrit en japonais par l’auteure – ainsi qu’il est écrit dans la version française –, Yoko Tawada l’a traduit elle-même en allemand – elle vit depuis plusieurs années à Berlin près Hambourg – et enfin Bernard Banoun, fidèle entre les fidèles à cette œuvre exigeante construite depuis un quart de siècle, l’a traduit pour notre plus grande édification et notre meilleur plaisir.

Le titre allemand est Etüden im Schnee, littéralement Étude dans la neige. En Grande-Bretagne Memories of a Polar Bear, Mémoires d’un ours. Nous voici donc ici en prise directe avec Knut l’ourson du zoo de Berlin. Knut qui devint rapidement l’objet d’une véritable « Klutmania », avec jouets, émissions de télévision, dvd et livres. Élevé par ses gardiens, il meurt à cinq ans d’une infection cervicale causée par un virus en 2011. 


APERCU

par Gwilherm Perthuis

 

Jan Fabre. Stigmata – Actions & Performances 1976-2016
Musée d’art contemporain, Lyon, jusqu’au 15/01/2017

 

 


CHRONIQUE MEMORIAL (13)

Par Anthony Dufraisse

 

Horacio Quiroga, Journal de voyage à Paris
Lyon, PUL, 2016, 151 pages, 16 €.

 

Il faut toujours jeter un œil aux notes de bas de page. Pour peu en effet qu’on veuille bien se donner la peine d’aller y voir, on trouve parfois les raisons d’une publication. Prenez la note numérotée 39, page 15 : « C’est l’une des principales fonctions du journal d’écrivain que de servir de matériau, d’atelier d’écriture, voire d’avant-texte à une œuvre future ». Voilà qui justifie l’édition du Journal de voyage à Paris, inédit en français, de l’Uruguayen Horacio Quiroga (1878-1937). Ce n’est pas un chef-d’œuvre méconnu qu’on aurait découvert en criant au génie, ce ne sont pas là des pages qu’on retrouvera dans une anthologie latino-américaine, pas plus qu’il ne s’agit d’un document historique décisif sur le Paris de 1900 qui accueille l’Exposition universelle. Plus modestement, et plus fondamentalement peut-être, ce sont des traces d’une œuvre en devenir, des signes de vie et de création d’un jeune homme qui ne sait pas encore qu’il sera cet écrivain, ce conteur qui, avant Cortazar, avant même Borges, originaires eux aussi du Rio de la Plata, fera naître ce fantastique latino-américain si particulier. À cette époque, il n’a pas encore donné la pleine mesure de son talent, que l’on sent affleurer ici même sous une hypersensibilité. Le 24 avril 1900, Horacio Quiroga débarque donc à Paris : « En me voyant arriver avec ma crinière, les Parisiens doivent se dire que je suis un poète exilé du pôle Sud ». On ne saura jamais si les Parisiens ont vu en lui un épouvantail ; en revanche on sait ce que lui a pensé de ses compagnons de traversée. Car avant le débarquement, il y a eu l’embarquement.



ART CONTEMPORAIN / SON

par Gwilherm Perthuis

 



Quel que soit le médium utilisé, l’artiste française Cécile Le Talec (1962) interroge depuis près de trente ans les liens entre le son, la musique, les enregistrements et les lieux, le paysage, l’architecture. Le titre de la monographie qui lui est consacrée aux éditions Dilecta, le mot-valise Sonorama, agrège les deux enjeux fondamentaux de ses recherches : les multiples modalités d’apparitions et de réceptions du son ainsi que l’ouverture panoramique sur un paysage, une étendue, un territoire. Cécile Le Talec part à l’aventure, munie d’une simple carte, traverse le paysage et capte les sonorités, les voix qui peuplent et caractérisent telle région, telle société, tel groupe d’individus. C’est à partir de ces matériaux bruts, mais aussi de ses rencontres sur le terrain avec des compositeurs, des scientifiques, ou des linguistes, qu’elle décline plastiquement – par la sculpture, la photographie, le dessin, l’installation ou la vidéo – une certaine histoire des arts sonores.


EXPOSITION

par Gwilherm Perthuis

 

Kandinsky, Marc et le Blaue Reiter
Fondation Beyeler, Riehen/Bâle, jusqu’au  22/01/2017
Catalogue édité par la Fondation Beyeler, 187 p., 60 €.


 
Wassily Kandinsky et Franz Marc, Almanach du Blaue Reiter, Munich, 1912,
première édition, Ahlers collection.

A travers un parcours de plus de 90 œuvres, provenant d’importantes institutions internationales et de quelques discrètes collections particulières, la Fondation Beyeler fait le point sur un chapitre essentiel de l’histoire des avant-gardes picturales antérieur à la Première Guerre mondiale : « Der Blaue Reiter » (Le Cavalier bleu). Au départ, ce titre est celui d’un livre, un almanach, publié par Vassily Kandinsky et Franz Marc en 1912 à Berlin (un an après leur rencontre) ; Der Blaue Reiter qualifiera plus tard le groupe d’artistes qui se sont rencontrés à Munich en 1908 et 1909 et qui travaillèrent ensemble au contact des paysages de Murnau dans le Sud de l’Allemagne, aux abords des Alpes, avec comme ambition d’affranchir la couleur de toute contrainte de représentation et de libérer les moyens plastiques de l’asservissement à l’illusion. 


EDITORIAL

par Gwilherm Perthuis

 

La période où les candidats à l’élection présidentielle étaient désignés par les appareils de manière relativement autoritaire, sans consultation de leurs bases, est semble-t-il révolue. Désormais, tirant les enseignements de la primaire socialiste de 2012 qui a permis de propulser son vainqueur à l’élysée, de nombreux autres partis ou familles politiques optent pour des scrutins largement ouverts qui doivent faire émerger celui ou celle qui les représentera en avril prochain. L’objectif étant, en premier lieu, de mettre en scène les vertus démocratiques de son organisation et de créer un rapport de force en amont de la véritable élection au suffrage universel. Cet automne, le nombre de candidats qui tentent l’aventure et envisagent d’accéder à la fonction suprême est assez vertigineux : Le Monde en dénombrait quasiment une cinquantaine en avril dernier dont une bonne vingtaine espèrent passer par la case primaire. Beaucoup de personnalités fantaisistes qui n’ont sans  doute pas l’ambition de se présenter réellement, mais qui profitent de l’engouement médiatique provoqué par l’élection présidentielle pour se faire connaître, pour exister de manière éphémère, ou pour faire passer quelques idées… Concernant les primaires de la droite et du centre, d’Europe écologie les Verts ou de la gauche, il s’agit de démontrer le poids de certaines tendances minoritaires et mal identifiées puis de peser lors de la distribution des portefeuilles ministérielles une fois le troisième tour de la présidentielle passé. Car c’est bien une élection en trois temps qui se joue désormais où le premier noyaute complètement les deux suivants. 

 


 

24 pages / 2,50 euros ou 4 CHF

Disponible en librairie, par abonnement ou achat en ligne par Paypal (voir ci-dessous)

 

 

 

Auteurs de ce numéro : 

Stéphane Boudin-Lestienne, Francesca Caiazzo, Claude Chambard, David Collin, Anthony Dufraisse, André Gabastou, Thierry Gillybœuf, Nina Leger, Alice Leroy, Alexandre Mare, Côme Martin, Camille Paulhan, Gwilherm Perthuis, Hugo Pradelle, Emmanuel Régniez, Claire Rosset, Paul Ruellan, Septembre Tiberghien.