ART CONTEMPORAIN / SON

par Gwilherm Perthuis

 



Quel que soit le médium utilisé, l’artiste française Cécile Le Talec (1962) interroge depuis près de trente ans les liens entre le son, la musique, les enregistrements et les lieux, le paysage, l’architecture. Le titre de la monographie qui lui est consacrée aux éditions Dilecta, le mot-valise Sonorama, agrège les deux enjeux fondamentaux de ses recherches : les multiples modalités d’apparitions et de réceptions du son ainsi que l’ouverture panoramique sur un paysage, une étendue, un territoire. Cécile Le Talec part à l’aventure, munie d’une simple carte, traverse le paysage et capte les sonorités, les voix qui peuplent et caractérisent telle région, telle société, tel groupe d’individus. C’est à partir de ces matériaux bruts, mais aussi de ses rencontres sur le terrain avec des compositeurs, des scientifiques, ou des linguistes, qu’elle décline plastiquement – par la sculpture, la photographie, le dessin, l’installation ou la vidéo – une certaine histoire des arts sonores.


EXPOSITION

par Gwilherm Perthuis

 

Kandinsky, Marc et le Blaue Reiter
Fondation Beyeler, Riehen/Bâle, jusqu’au  22/01/2017
Catalogue édité par la Fondation Beyeler, 187 p., 60 €.


 
Wassily Kandinsky et Franz Marc, Almanach du Blaue Reiter, Munich, 1912,
première édition, Ahlers collection.

A travers un parcours de plus de 90 œuvres, provenant d’importantes institutions internationales et de quelques discrètes collections particulières, la Fondation Beyeler fait le point sur un chapitre essentiel de l’histoire des avant-gardes picturales antérieur à la Première Guerre mondiale : « Der Blaue Reiter » (Le Cavalier bleu). Au départ, ce titre est celui d’un livre, un almanach, publié par Vassily Kandinsky et Franz Marc en 1912 à Berlin (un an après leur rencontre) ; Der Blaue Reiter qualifiera plus tard le groupe d’artistes qui se sont rencontrés à Munich en 1908 et 1909 et qui travaillèrent ensemble au contact des paysages de Murnau dans le Sud de l’Allemagne, aux abords des Alpes, avec comme ambition d’affranchir la couleur de toute contrainte de représentation et de libérer les moyens plastiques de l’asservissement à l’illusion. 


EDITORIAL

par Gwilherm Perthuis

 

La période où les candidats à l’élection présidentielle étaient désignés par les appareils de manière relativement autoritaire, sans consultation de leurs bases, est semble-t-il révolue. Désormais, tirant les enseignements de la primaire socialiste de 2012 qui a permis de propulser son vainqueur à l’élysée, de nombreux autres partis ou familles politiques optent pour des scrutins largement ouverts qui doivent faire émerger celui ou celle qui les représentera en avril prochain. L’objectif étant, en premier lieu, de mettre en scène les vertus démocratiques de son organisation et de créer un rapport de force en amont de la véritable élection au suffrage universel. Cet automne, le nombre de candidats qui tentent l’aventure et envisagent d’accéder à la fonction suprême est assez vertigineux : Le Monde en dénombrait quasiment une cinquantaine en avril dernier dont une bonne vingtaine espèrent passer par la case primaire. Beaucoup de personnalités fantaisistes qui n’ont sans  doute pas l’ambition de se présenter réellement, mais qui profitent de l’engouement médiatique provoqué par l’élection présidentielle pour se faire connaître, pour exister de manière éphémère, ou pour faire passer quelques idées… Concernant les primaires de la droite et du centre, d’Europe écologie les Verts ou de la gauche, il s’agit de démontrer le poids de certaines tendances minoritaires et mal identifiées puis de peser lors de la distribution des portefeuilles ministérielles une fois le troisième tour de la présidentielle passé. Car c’est bien une élection en trois temps qui se joue désormais où le premier noyaute complètement les deux suivants. 

 


 

24 pages / 2,50 euros ou 4 CHF

Disponible en librairie, par abonnement ou achat en ligne par Paypal (voir ci-dessous)

 

 

 

Auteurs de ce numéro : 

Stéphane Boudin-Lestienne, Francesca Caiazzo, Claude Chambard, David Collin, Anthony Dufraisse, André Gabastou, Thierry Gillybœuf, Nina Leger, Alice Leroy, Alexandre Mare, Côme Martin, Camille Paulhan, Gwilherm Perthuis, Hugo Pradelle, Emmanuel Régniez, Claire Rosset, Paul Ruellan, Septembre Tiberghien.


LIVRE


par Alexandre Mare

 

Dionys Mascolo, Le Coup de tête,
Nolay, éditions du Chemin de fer, 
90 p., 14 euros (postface de Jérôme Duwa).

 

Il est rare aujourd’hui de lire le nom de Dionys Mascolo aux devantures des librairies. Il fut pourtant l’une des grandes voix intellectuelles françaises, celle d’une conscience de gauche. Figure incontournable de Saint-Germain-des-Prés, il est le mari de Marguerite Duras, un résistant exemplaire, et comme le raconte l’écrivaine dans La Douleur, l’artisan avec Edgar Morin du rapatriement de Robert Antelme du camp de Dachau après la Libération. Il est surtout la cheville ouvrière du groupe d’amis, réunis rue Saint-Benoît, cherchant à convoquer les possibles nécessaires à l’insoumission. Une vie d’amitié, de combats, de tracts et de livres. Spécialiste de Nietzsche et de Saint-Just, l’œuvre écrite de Dionys Mascolo tente de définir ce qui, dans l’après guerre jusqu’aux années 1990 en passant par les soubresauts de la fin des années 60, peut être le communisme, le marxisme, ses enjeux et son histoire, et tenter de cerner ce que pourrait être cette conscience de gauche et le rôle de l’intellectuel. Parmi ses livres on citera notamment Le communisme. Révolution et communication ou la dialectique des valeurs et des besoins, (Gallimard, 1953) ou encore Entêtements qui rassemble textes et articles (Benoît Jacob,1993) et l’on se réjouira de l’excellente initiative des Éditions du Chemin de fer de rendre à nouveau possible la lecture du Coup de tête, accompagné de dessins tout en méandres et en volutes de Gilgian Gelzer qui, à merveille, accompagnent le livre.


CRITIQUE / LITTERATURE


par Jean-Claude Hauc

 

Emmanuel Venet, Marcher droit, tourner rond
Lagrasse, Verdier, 2016, 128 p., 13 €

 

Atteint du syndrome d’Asperger, le narrateur du dernier roman d’Emmanuel Venet refuse de se plier aux diverses concessions qu’exige la vie en société. Farouche tenant de la vérité, il déteste toute forme de compromission, ainsi que la farandole des fables et des non-dits dont l’espèce humaine fait son miel depuis la nuit des temps. La religion, la politique, les conventions sociales et bien sûr la famille sont pour lui autant de fariboles contre lesquelles il n’a de cesse de se rebeller. Cette asociabilité le faisant passer auprès des autres pour un fou qu’il faut rejeter hors de la scène où se joue leur sinistre comédie des mœurs. Ce mouvement d’exclusion s’est mis en branle dès l’enfance, mais s’est poursuivi après que le professeur suisse Urs Weiss a défini son affection. Certain membres de sa famille le traitant volontiers de « mongolien », d’« arriéré » voire de « schizophrène », alors que le syndrome n’a aucun rapport avec ce genre de maladie chromosomique ou mentale et constitue un « variant humain non pathologique voire avantageux, puisqu’il garantit, au prix d’une asociognosie parfois invalidante, une rectitude morale plutôt bienvenue dans notre époque de voyous ».


BANDE DESSINEE - EXPOSITION

par Côme Martin

 

Pioniere des Comic, Schirn Kunsthalle de Francfort
Jusqu’au 18/09/2016

 

La place de la bande dessinée au musée est habituellement un sujet délicat : certains se réjouissent qu’elle soit exposée au même titre que d’autres types d’art visuel, d’autres (dans lesquels je m’inclus), plus attachés à son aspect narratif, sinon littéraire, s’interrogent sur cette exhibition de fragments – comme si l’on exposait cinquante pages manuscrites seulement de La Recherche du temps perdu – et sur ce fantasme du dessin original (si ce n’est originel).


Winsor McCay, Little Nemo