Un élégant carnet de la taille d’une poche (11 x 17 cm), une cinquantaine de pages assemblées sous une couverture à rabats de couleur bleu violacé. Le numéro zéro de la revue littéraire semestrielle Patchwork, paru en juin dernier, se démarque par l’originalité de sa forme, ainsi que par la qualité et la diversité de son sommaire : John Cowper Powys, Jean-Michel Maulpoix, Denis Grozdanovitch, Gil Jouanard ou Jacques Jouet...On ne retrouve pas le traditionnel éditorial visant à fixer les ambitions intellectuelles et à expliciter les choix opérés dans l’opuscule. Tout est dit dans une citation de Georges Perros, placée en exergue de cette première livraison, qui donne le titre à la publication et propose une sorte de méthode : «  Il faudrait créer une revue d’une imprévisible diversité, façon patchwork ». Tout comme le patchwork qui consiste en un mélange d’éléments hétérogènes, la revue qu’a imaginé Anthony Dufraisse repose sur la juxtaposition de pièces éparses, sur l’assemblage d’éléments étrangers, sur la réunion de motifs littéraires cousus les uns aux autres. Il parvient à préserver les couleurs de chaque morceau tout en dissimulant les coutures. La forme courte est privilégiée : celle du fragment, du journal ou du carnet. Les propositions poétiques sont intercalées entre les textes autobiographiques ou de fiction dans une alternance agréable et bien rythmée.

Le vendredi 14 février 2014, à 19 heures, la galerie et la librairie Michel Descours accueilleront le linguiste, sémioticien et historien de l'art Marc Décimo, pour son livre Émilie-Herminie Hanin (1862-1948), inventeure, peintresse naïve, brute et folle littéraire paru dans la nouvelle collection "Les Hétéroclites" qu'il dirige aux Presses du réel.

 

Marc Décimo était l'invité de David Collin dans l'émission de radio "Entre les lignes" diffusée lundi 13 janvier sur les ondes d'Espace 2/RTS. Réécouter l'émission

 

Présentation de l'éditeur :

"La vraie vie d'Émilie-Herminie Hanin (1862-1948) consiste à peindre, à inventer, notamment en 1918 un piège à avions, à résoudre la question du mouvement perpétuel, à écrire un livre et un seul, Super-Despotes en 1934, à ne surtout pas se marier, à défendre le Calendrier perpétuel qu'avait réalisé son père, installé dans la Nièvre, à Cercy-la-Tour, à la faveur de la construction de la ligne de chemin de fer, à vingt-cinq kilomètres du Château de la Cave, sur la commune de Beaumont-Sardolles, où Rosa Bonheur vivait. 
Elle n'est pas un grand peintre mais ses chèvres eurent quelque succès, ni un grand écrivain mais un exemplaire de son livre est à la Bibliothèque Kandinsky à Beaubourg, elle n'a pas fait de grandes découvertes mais est-on, après tout, forcé d'admirer tout comme tout le monde ? Elle eut pour maître William Bouguereau. Elle peignit les animaux aux côtés de Pompon et des ours. Elle vécut à Nevers et à Paris. Émilie-Herminie Hanin est une hétéroclite et certainement une grande paranoïaque, ce qui est déjà en soi toute une histoire."

 

Marc Décimo est maître de conférences à l'université d'Orléans, Régent du Collège de Pataphysique (chaire d'Amôriographie littéraire, ethnographique et architecturale). Il a publié un vingtaine de livres et de nombreux articles sur la sémiolologie du fantastique, sur les fous littéraires (Jean-Pierre Brisset – dont il a édité l'œuvre complète aux Presses du réel –, Paul Tisseyre Ananké) et sur l'art brut, sur Marcel Duchamp (La bibliothèque de Marcel Duchamp, peut-êtreMarcel Duchamp mis à nuLe Duchamp facile, les mémoires de Lydie Fischer Sarazin-LevassorMarcel Duchamp et l'érotisme) et sur l'histoire et l'épistémologie de la linguistique.

 

Retrouver l'article de Marc Décimo dans le n° 9 de la revue Hippocampe.

 

Entrée libre. Réservation nécessaire : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
G
alerie Michel Descours 44 rue Auguste-Comte 69002 LYON

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éditorial : "Signatures de toutes choses que je suis venu lire ici"

 

"Un oeil cacodylate rose vif dans ma vie de suralimentation suisse." Tiré d’un poème  édité en 1918, cette phrase de Francis Picabia est la première mention du terme cacodylate, sel aux propriéLtés thérapeutiques utilisé en dermatologie. Le zona ophtalmique par lequel il fut touché en 1921, l’a conduit à s’intéresser à cet oeil malade, gonflé, parasité, qui est l’objet de la celèbre peinture conservée au Musée national d’art moderne, constituée quasiment exclusivement de signatures d’artistes proches des groupes surréalistes et Dada. Picabia déplace radicalement les liens classiques entre l’artiste et son oeuvre, caractérisées en règle générale par une signature unique et identifiable, en détruisant le monopole de l’acte autographe et en l’abandonnant à d’autres artistes. Les signatures et les dédicaces sont les motifs de L’oeil cacodylate, des matériaux formels placés de manière aléatoire sur la toile, mais dont Picabia reste le maître d’oeuvre et qu’il signe d’ailleurs lui-même de façon particulière en bas à gauche. En choisissant les artistes, en faisant passer la toile de mains en mains, l’artiste demeure garant de son authenticité et s’impose finalement comme son seul auteur. Cette peinture remarquable dans l’histoire de l’art du XXe siècle pose un cas limite sur la question complexe de la signature : sur la relation entre le signifiant et le signifié, au sujet de la trop grande valorisation (parfois absurde) du nom attaché à une oeuvre, à propos de l’autographe qui devient oeuvre ou de la facture de l’oeuvre qui fait signature…

Traversée par la psychanalyse, la littérature, les arts visuels, la philosophie ou le cinéma, cette livraison est dotée d’instruments méthodologiques et disciplinaires suffisamment différenciés pour permettre de transmettre quelques enjeux posés par la signature. L’avant-propos de Béatrice Fraenkel, dont les études sur la question sont fondamentales, permet de relever des problématiques importantes et propose des axes théoriques de réflexion. Les contributions rassemblées visent à se pencher d’une part sur la signature en tant que signe matérialisé impliquant un acte performatif corporel, puis, par ailleurs, sur la signature comme revendication d’une oeuvre ou d’une production, laissant ainsi libre cours à la pseudonymie et au travestissement, tout comme à la recherche du Moi. Nous rassemblons plusieurs textes de fiction inédits (Vila-Matas, Bégout, Brisson…) et des essais ou entretiens (Todorov, Jourdheuil, Aubert, Frodon…). Ces directions sont enrichies par un dossier relatif à l’oeuvre du libertin et aventurier vénitien Giacomo Casanova pour qui le nom et la signature soulèvent également de nombreuses questions. (G.P.)

 

Sommaire complet

 

SIGNATURE

Béatrice Fraenkel / avant-propos

Gwilherm Perthuis / Le vrai et le faux

Jean-Yves Gay / Dosso Dossi

Bruce Bégout / Nouvelle inédite

Jacques Aubert / Joyce et Lacan (entretien)

Fanny Schulmann / Dan Azoulay

Hélios Azoulay / Signer un scandale

Kris Martin / Bertrand Lavier

Jean-François Desserre, Laurent Sfar, Nicolas Aiello (créations)

Enrique Vila-Matas / Voyager autour (texte inédit)

André Gabastou  / Borges, Pessoa,Vila-Matas

David Collin / Cravan, Traven, Bolano

Denis Savary, Dominique Radrizzani et Sylvie Wührmann / Corot (entretien)

Didier Grandsart / Antonin Artaud

Jean-Michel Frodon / Les mains de Robert Bresson

Jacques Sicard / Bresson

Jean Jourdheuil / Heiner Müller

Tzvetan Todorov / La signature humaine (entretien)

Odile Nguyen / De la communication à la signature (Derrida)

Jacques Roman / Texte inédit

 

CASANOVA

Jean-Claude Hauc  et Emmanuel Latreille / Casanova forever

Gérard Lahouati / Cacophonies (Casanova dénaturé ?)

Frédérique Loutz / Portfolio

Nicolas Eugène Le Cotais / Jacques Casanova de Seingalt

Guido Massino / Séduction et littérature

Jean-Luc Brisson / Précis de ma vie

Alexis Denuy / Le vénitien

 

NOTES de LECTURE

Joan Brossa, Luigi Guarnieri, Alessandro Mercuri, Mireille Huchon, Jean-Claude Hauc

 

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Éditorial : Recherches aux antipodes

 

En 2007, pour la 52e édition de la Biennale de Venise, l’événement le plus important au niveau mondial pour la création contemporaine, la Nouvelle-Zélande n’avait pas de pavillon national éphémère. Exceptionnellement le pays ne disposait pas d’espace de représentation dans une église déconsacrée et ne pouvait pas non plus montrer d’artistes aux Giardini puisque la Nouvelle-Zélande ne possède pas de pavillon national permanent. Les éditions JRP-Ringier eurent alors l’idée de publier un catalogue coordonné par huit commissaires d’expositions anglo-saxons autour d’une sélection d’artistes néo-zélandais qui leur semblaient nécessaires à valoriser et à confronter. L’exposition de papier permettait de rassembler des propositions artistiques et des générations d’artistes très différentes, puis de prendre des risques dans la manière de les faire dialoguer. Les ambitions, les clichés, les préoccupations spécifiques, l’attachement à la culture maorie ou au contraire les tentatives d’inscription dans le monde de l’art international sont autant de variantes qui scandent les pages de ce catalogue intitulé Spéculation. Le grand sculpteur Bill Culbert qui travaille la diffusion de la couleur dans l’espace avec des néons voisine les peintures gestuelles de Judy Millar, les propositions minimalistes et conceptuelles de Julian Dashper succèdent aux recherches photographiques de Yvonne Todd… Au-delà de l’intérêt documentaire que représente ce catalogue et de la possibilité qu’il offre de dresser un panorama nuancé de l’art contemporain des années 2000 en Nouvelle-Zélande, il prend un sens tout particulier dans une réflexion qui serait à mener sur la présence de la création de ce pays très lointain sur la scène artistique internationale. Ce livre établit un état des lieux et pose la question de l’image que la Nouvelle-Zélande doit produire à l’étranger et tout particulièrement à la Biennale de Venise. Cette interface scrutée de près par le monde entier est un lieu stratégique qui mêle des enjeux artistiques à des ambitions politiques, économiques et diplomatiques. Quelle image le « pays du long nuage blanc » souhaite-t-il délivrer aux yeux du monde en matière culturelle ? Les relations avec les populations maories et la préservation de la diversité culturelle au sens le plus large étant des enjeux majeurs et moteurs dans la politique du pays. Comment se positionner sur la plateforme la plus pointue de l’art contemporain lorsqu’il est possible d’en faire partie tout en ne disposant pas d’un véritable espace reconnu dans le secteur des pavillons ? Il semblerait que les autorités tentent de pénétrer la scène de l’art mondialisée mais sans en avoir encore les moyens. Comment interpréter l’organisation de spectacles avec des groupes traditionnels maoris devant la basilique Saint-Marc durant les jours d’ouverture de la Biennale ? Sans pouvoir répondre immédiatement à ces interrogations complexes, nous espérons donner dans ce numéro consacré à la Nouvelle-Zélande quelques indices solides.

La Nouvelle-Zélande est le territoire important le plus éloigné de tout le globe par rapport à l’Europe. La dimension du voyage, de la fuite, de la quête de l’ailleurs est omniprésente dans l’imaginaire. Les distances et les temps sont très différents de nos repères européens. Charles Frederick Goldie et Louis John Steele ont peint à la fin du XIXe siècle une scène de naufrage représentant les Maoris arrivant en Nouvelle-Zélande (Auckland City Art Gallery). Le Radeau de la Méduse de Géricault prévaut comme modèle pour l’organisation formelle du tableau. La culture occidentale n’a cessé d’imprégner la construction d’un ailleurs. Ce dialogue est au cœur de notre projet éditorial autour des espaces insulaires.

Nous n’avons pas souhaité travailler dans les mêmes directions que les revues et événements qui sont nés depuis 2006 autour de ce pays. Nos préoccupations se sont détachées de la littérature strictement contemporaine pour mieux pénétrer des problématiques communes à plusieurs disciplines et qui transparaissent autour de modalités assez variées. La question de la proximité linguistique avec l’Angleterre ou les États-Unis et de l’éloignement géographique considérable est un des axes qui traverse la revue. Par ailleurs, l’altérité et la gestion de la différence est un deuxième champ sur lequel les différentes contributions s’arrêtent (en particulier dans la relation aux populations autochtones). Enfin, l’imaginaire et la mémoire sont des espaces décisifs dans plusieurs textes et accompagnent la poésie qu’entend cette île lointaine très mal connue en France. Notre réflexion est très lacunaire et reste limitée par l’espace restreint, mais nous n’ambitionnons à aucun moment de dresser un portrait exhaustif de la Nouvelle-Zélande. L’approche par petites touches que nous proposons doit favoriser des connivences, des échanges et des prolongements que nous développerons en particulier sur notre site internet qui progressivement va s’affirmer comme une véritable plateforme d’actualité culturelle.

En marge de notre dossier principal, nous publions quelques contributions librement rassemblées en vue de prolonger des fils thématiques ou intellectuels suggérés et abordés dans de précédents numéros. Nous éditons ainsi en diptyque deux textes courts d’Enrique Vila-Matas, un article sur l’auteur pornographe vénitien Baffo afin de suivre nos travaux sur Casanova, puis une contribution sur une photographe contemporaine qui inscrit la revue comme lieu de débat récurrent dans le domaine photographique. (G.P.)

 

Sommaire complet

 

NOUVELLE-ZÉLANDE

Charles Juliet / Entretien

Samuel Butler / Traduction inédite

David Collin / Mémoire des Maoris

Georges Bureau / Paraterre Matchitt

Alice Braun / Janet Frame

Pierre Rissient / Jane Campion (entretien)

Len Lye / Portfolio

Bruce Russell / Entretien (par Élodie Lesourd)

Élodie Lesourd / Hyperrockaliste (entretien)

Gilles Montelatici / Katherine Mansfield

Camille Paulhan / Jérôme Allavena

 

EN MARGE

Julia Hountou / Une théâtre silencieux

Jean-Claude Hauc / Zorzi Baffo

Enrique Vila-Matas / Texte inédit

 

NOTES de LECTURE

Hermann Nitsch, Franco Moretti, Jean-Claude Hauc, Florent Danne, Michelle Porte, Jean-Luc Brisson, Joël Jakubec.

 

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Éditorial : Penser l'exposition

 

Durant son séjour genevois, à la fin de la guerre, Alberto Giacometti entre dans une période de doute qui l’empêche de sculpter. Il parvient seulement à réaliser quelques figurines de plâtres dans sa chambre de l’Hôtel de Rives, de très rares témoins d’une recherche inaboutie dont il détruisit quasiment la totalité des exemples avant son retour à Paris. A Genève, Giacometti côtoyait Albert Skira, célèbre éditeur de livres d’art et de la revue surréaliste Minotaure (1933-1939), qui lança à l’automne 1944 un nouveau périodique pluridisciplinaire intitulé Labyrinthe. Alberto aide à la mise en pages du journal mensuel, participe aux discussions animées entre Balthus et André Malraux, et y contribue à trois reprises en rédigeant des articles. Le plus célèbre et sans doute le plus spectaculaire reste celui publié dans le numéro 22-23 sous le titre « Le Rêve, le Sphinx et la mort de T. »[1]. Empruntant la forme fictionnelle, il établit une réflexion théorique sur son œuvre pour tenter de se libérer des impasses artistiques auxquelles il était confronté. Plusieurs de ces œuvres majeures des années 1946 à 1950 (Le Nez, La Tête sur tige...) sont en gestation dans ce texte qui revient sur ses expériences surréalistes avec la mise en scène d’un rêve, sur son malaise face aux femmes avec la description de scènes au bordel parisien Le Sphinx, et sur son approche de l’existentialisme passant par la découverte d’un cadavre. Le récit est discontinu et ne répond à aucune logique chronologique : les événements sont des blocs placés en parallèle sur un même disque tournant. Bien qu’il ressente le besoin d’amorcer sa réflexion à partir du médium littéraire, Giacometti transcrit spatialement son projet dans un dessin constitué d’un grand disque divisé en quartiers de micro narrations et structurés de stèles élevés en face de chaque fragment. Cette plateforme mobile permet d’entrer dans le récit à n’importe quel moment et de sélectionner de manière aléatoire une organisation possible des différents segments[2]. Dans une lettre d’août 1959, André Breton sollicite Giacometti afin qu’il « donne forme à ce projet » grandeur nature pour l’exposition surréaliste. Breton voyait certainement dans ce projet, finalement avorté, l’invention et l’aboutissement d’une œuvre, mais il nous semble que s’y joue une réflexion plus complexe autour du vecteur qui mène de l’idée, du concept, à la concrétisation spatiale d’une réflexion intellectuelle sur une thématique.

Les enjeux de ce numéro sur la question de l’exposition gravitent autour du disque de Giacometti qui met en espace relativement simplement des concepts. Une exposition n’est pas seulement un alignement d’œuvres ou la présentation simultanée d’objets dans un même lieu. L’exposition doit produire du sens dans les rapports spatiaux qu’elle établit et des notions théoriques doivent être étayées par une installation particulière des objets dans l’espace. Elle doit être profondément marquée par le choix d’une forme qui affirme un parti pris et un positionnement intellectuel face au sujet. Le médium particulier qu’est l’exposition, aujourd’hui normalisé par une surabondance d’événements, doit transposer le plus fidèlement possible dans un cadre architectural, ce que les œuvres contiennent ou dégagent et les intentions qui ont présidé leurs créations.

Nous avons choisi de focaliser les contributions de ce numéro sur des cas précis d’expositions du XXe siècle pour échafauder une réflexion articulée par des objets d’études et non par des concepts : la confrontation des essais et documents devant nourrir des problématiques déjà largement abordées dans des ouvrages de références tel que le numéro 17-18 des Cahiers du Musée national d’art moderne consacré à « L’œuvre et son accrochage ». Nous introduisons le cahier thématique par un entretien réalisé avec Jean-Hubert Martin dont les propos rétrospectifs sur sa manière de concevoir une exposition ouvrent à différents champs travaillés dans d’autres textes. Un cahier documentaire établit un focus sur les photographies de Denise Bellon prises durant des expositions surréalistes, tandis que Rémi Parcollet travaille la question de la vue d’exposition et du lien entre exposition et catalogue. Un essai plus historique de Mayte García Julliard évoque les enjeux politiques et diplomatiques de l’exposition des chefs d’œuvres du Prado au Musée d’art et d’histoire de Genève tandis que Nina Léger se penche sur l’exposition institutionnelle de collections privées en principe réservées au cadre domestique... L’entretien avec le philosophe et musicologue Peter Szendy, historien de l’écoute, donne à penser le thème de l’exposition avec d’autres instruments méthodologiques qui permettent de quittes le champs des arts visuels pour celui de la littérature ou de la philosophie. Dans les « marges » de ce numéro, nous publions un ensemble de documents importants sur le visage et son exposition au regard. Le portrait de Levinas par Jean-Marc de Samie envoyé à Maurice Blanchot et une lettre de Blanchot répondant à cet envoi ouvrent les réflexions à d’autres champs.

Comme la plateforme tournante définie par Giacometti, cette livraison mesurant la tension entre le discours et la concrétisation spatiale de la réflexion doit être traversée sans respecter l’ordre des chapitres. (G.P.)

 

[1] En 2009 au Musée Rath de Genève, une importante exposition sur le journal Labyrinthe a mis en évidence le rôle d’Alberto Giacometti auprès d’Albert Skira. Pour la première fois, l’ensemble des manuscrits connus pour « Le Rêve, le Sphinx et la Mort de T. » étaient rassemblés. Commissariat Gwilherm Perthuis et Stefan Zweifel.

[2] Pour lire les textes de Giacometti publiés dans Labyrinthe se reporter à Alberto Giacometti, Ecrits, Paris, Hermann, 2007. Pour découvrir l’un des manuscrits qui mêlent texte et spatialisation graphique des événements (facsimile), voir Donat Rütimann, Le Rêve, le Sphinx et la mort de T., Zurich, Scheidegger & Spies, 2006.

 

Sommaire complet

 

EXPOSITION

Jean-Hubert Martin / Rencontre avec un inventeur d'exposition (entretien)

Mayte Garcia Julliard / La collection du Prado à Genève en 1939

Jérôme Glicenstein / The Family of Man (Edward Steichen)

Rémi Parcollet / Surexposition

Jean-Max Colard / Immatérialité de l'exposition

Salomon Zeitoun / Architecture et performance 

Denise Bellon / Portfolio (exposition surréaliste 1938)

Blandine Jolibois / Le cadre et l'exposition

Thibault Carles / Philippe Parreno

Rémy Zaugg / S'effacer

Nina Leger / Collections privées et musée

Fanny Schulmann / Harald Szeemann

Peter Szendy / Entretien

Delphine Balley / Photographies

 

EN MARGE

David Collin / Pasolini

Gérald Moralès / Jean-Pierre Cometti

Jean-Marc de Samie / Blanchot/Levinas

 

NOTES de LECTURE

Eric Combet, Gérald Moralès, Rose-Marie Pagnard, Rodolfo Walsh, Roberto Bolano, Eric Chauvier, Catherine Pavlovic, Matthias Zschokke, M.-H. Caraës, Philippe Artières, Roger Dadoun, Mathias Enard, James H. Rubin, Jean-Baptiste Del Amo...

 

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Éditorial : Des parcours intellectuels

 

Dans un très bel article intitulé « Une carte amoureuse de Barcelone. Promenade littéraire[1] », la géographe spécialisée en géolittérature, Sophie Savary, propose une déambulation particulière dans la capitale de la Catalogne : une enquête de terrain pour tenter de révéler comment la littérature s’est parfois inscrite dans certains quartiers et en a influencé les manières de vivre, les comportements, les habitudes. Elle prend comme exemple marquant le cas du Barrio Chino : « un espace-temps inventé dans les années 1920 par une poignée d’écrivains (en particulier le Français Francis Carco, évocateur de la bohème artiste) qui se sont emparés d’ingrédients fournis par un quartier réel pour construire un quartier mythique, correspondant au stéréotype des lieux de romans policiers ou de romans noirs américains. » La fiction littéraire impose sa marque sur les relations sociales et détermine en particulier l’expérience amoureuse dans l’imaginaire collectif barcelonais.

Bien qu’extrêmement lacunaire, focalisée sur quelques enjeux précis, la cartographie catalane que nous établissons dans ce numéro d’Hippocampe rend compte de points de repères littéraires et de balises artistiques incontournables. Nous avons opté pour un parcours ponctué de figures catalanes importantes ou de portraits d’individus pour lesquels la Catalogne a joué un rôle déterminant. Ainsi, les thématiques rassemblées dans cette livraison sont très souvent incarnées : nos interrogations prennent corps dans des essais, des entretiens, des œuvres ou des documents centrés sur des parcours intellectuels.

La question de l’engagement permet de faire converger plusieurs contributions : de la position de George Orwell présentée par Roger Dadoun à celle Malcolm Lowry travaillée par David Collin et Jacques Roman, en passant par la figure encore peu connue de François Tosquelles, l’un des inventeurs de la psychothérapie institutionnelle. D’autres séquences de ce numéro s’attachent à présenter des aspects poétiques, comme le magnifique portrait littéraire consacré à Salvador Dalí par Josep Pla ou l’évocation de l’œuvre de Joan Brossa. Nous n’avons pas tenu à revenir sur les sujets soulevés par la grande exposition Paris-Barcelone organisée au Grand Palais en 2001[2], qui mettait l’accent sur la dynamique et la perméabilité entre les deux villes, préférant privilégier la convergence de paroles et d’écritures contemporaines comme celle de l’écrivain Mathias Enard installé depuis 10 ans à Barcelone, ou celle d’Enrique Vila-Matas dont nous publions un long extrait inédit du Journal volubile 2.

Chaque livraison est l’occasion, pour l’équipe éditoriale, de ré-envisager la place et la fonction de l’iconographie par rapport aux textes. Hippocampe se distingue dans le champ des publications périodiques par une quantité importante de textes et des articles relativement longs. Nous souhaitons que l’image ne demeure pas simplement un élément décoratif ou illustratif, mais qu’elle s’impose comme un instrument d’analyse et qu’elle contribue au contenu délivré par l’écriture. Les choix iconographiques opérés ne sont dons pas anodins et visent le plus possible à soutenir des idées, à marquer un positionnement. L’œuvre plastique de Jordi Colomer, dont il est question dans ce numéro, est transmis avec beaucoup plus de finesse dans un espace d’exposition ou un film que par le médium particulier de la revue. Il apparaît donc plus juste de privilégier les propos de l’artiste plutôt que de tenter d’illustrer maladroitement et de manière lacunaire son travail. Par contre, les œuvres graphiques sont particulièrement bien restituées par la forme de notre publication : nous donnerons ainsi une place plus importante aux reproductions de dessins ou d’estampes.

La tripartition de la revue (thématique, « En marge », notes de lecture) est renforcée pour donner davantage de place à des rubriques récurrentes qui constitueront progressivement les spécificités et l’identité d’Hippocampe. Les marges compteront désormais un entretien avec une personnalité radiophonique, un focus sur une bande dessinée, un portfolio graphique, puis une création pensée par l’artiste pour la revue. Ces différents éléments permettront de favoriser les frictions entre disciplines et d’activer des connexions entre plates-formes intellectuelles trop souvent isolées ou fermées. Les trois piliers disciplinaires (littérature, arts visuels, philosophie) pourront être ornés ou surmontés de propositions ouvertes relevant plus largement des sciences humaines ou sociales.

À la manière d’un Joan Miró qui tâtonne, qui expérimente, qui recherche, dans l’atelier du fondeur Clementi à Meudon[3], la revue se construit par imbrications successives entre des matériaux polymorphes, dont la fonte n’est toujours qu’une épreuve d’un état amené à être modifié dans de futures réalisations. (G.P.)

 

[1] Sophie Savary, « Une carte amoureuse de Barcelone. Promenade littéraire », La pensée de midi, 2006, n° 17), p. 24-39.

[2] Le catalogue de l’exposition édité par la Réunion des Musées Nationaux rassemble des essais passionnants sur les liens et échanges entre les capitales françaises et catalanes de 1888 à 1937, dans tous les domaines de la création (architecture, mobilier, beaux-arts, littérature...).

[3] Voir le très beau film Miró sculpteur de Clovis Prévost, avec la collaboration de Carlos Santos (38 minutes, couleurs, 1973). Le film est disponible sur le DVD Joan Miró. Films et interviews (1971–1974).

 

 

Sommaire complet

CATALOGNE

Florent Danne / Entretien (illustré de photographies de Raoul Hausmann)

Héloïse Conésa / Relations textes/images dans les catalogues de Joan Fontcuberta

Patrick Faugeras et Michel Minard / La psychiatrie est-elle d'essence catalane ? (François Tosquelles)

Roger Dadoun / Place de la Catalogne - Georges Orwell

David Collin et Jacques Roman / Un fantôme dans Barcelone ? (Malcolm Lowry)

Jordi Colomer / Entretien

Francesc Serés / Le Grand espoir blanc

André Gabastou / Le Vorace et le Fugueur (Josep Pla et Enrique Vila-Matas)

Enrique Vila-Matas / Journal volubile 2 (2009-2011)

Josep Pla / Salvador Dali : la découverte du paysage empourdanais

Joan Brossa et Antoni Tapiès / Oeuvres visuelles

Joan Brossa / Sextine à Joan Miro

Joan Brossa / Grand vacarme

André Gabastou / Etat de la poésie en Catalogne

Frédéric Khodja / A propos d'Alphonse Laurencis

 

EN MARGE

L'Art de voler d'Antonio Altarriba (bande dessinée)

Karine Hoffman / portfolio graphique

Patrick Faugeras / Nannetti Oreste Fernando

Jean-Claude Hauc / Georges Bataille : les nues et les morts

Isabelle Giovacchini et Arnaud Dejeammes / Phénomène (création)

Arno Camenisch / Derrière la gare

Camille Luscher / Arno Camenisch : une écriture à la croisée des langues

 

NOTES de LECTURE

Javier Calvo, Nathalie Coural, Roger Francillon, Caspar David Friedrich, Ilse Garnier, Jean Clair, Muriel Pic, Karine Tissot, Michel Makarius, Éric Marty, Bernard Tillier, André du Bouchet, Cees Nooteboom, Lautréamont, Dorothée Deyries-Henry, Jacques Chessex/Gustave Roud / Jean-Christophe Bailly, Walter Benjamin.

 

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Éditorial : "Le sommeil s'empara de moi et je me mis à rêver"

 

Cette septième livraison de la revue Hippocampe est profondément marquée par un sentiment nocturne. Evitant de s’en tenir à des propositions illustratives, trop évidentes, nous avons cherché au contraire à réunir des contributions susceptibles de démontrer la complexité de cet espace/temps particulier : la Nuit.

Les essais, créations, documents, entretiens rassemblés dans ce cahier doivent éveiller des interrogations sur ce moment apaisé ou tourmenté, de repos ou de remise en question, cette phase propice à l’abandon ou favorable à l’imaginaire. Nous profitons de ce thème pour explorer une fois encore les richesses du médium « revue ». Les multiples formes littéraires et les créations artistiques ne se succèdent pas de manière aléatoire ou arbitraire, mais leur apparition est envisagée comme un montage permettant de tisser les fils tirés de chaque contribution. Certaines séquences sont dépourvues d’images d’autres ne reposent que sur elles. L’iconographie est considérée comme un véritable contenu en soi placé au même niveau que les textes (c’est le cas aussi de la couverture). Ce principe d’enchâssement des sujets au cœur d’un numéro est également valable entre les différentes parutions. Des ramifications en germe dans une livraison peuvent être nourries dans les « marges » de la suivante et, inversement, des pousses déjà bien enracinées peuvent y perdre leurs feuilles.

Dans le prolongement de notre réflexion sur la Nuit, un dossier consacré à l’écrivain Jean-Christophe Bailly permet d’aborder plusieurs aspects de sa pensée ouverte et sans limite, guidée par l’Encyclopédie de Novalis. Les questions du paysage, de l’image, de la langue, du théâtre ou du Romantisme allemand permettent d’esquisser un portrait intellectuel. Les essais et textes inédits de Bailly sont articulés par quatre estampes de Jacqueline Salmon.

A la question « A quoi bon des poètes en un temps de manque ? » envoyée par Jean-Christophe Bailly et Henri-Alexis Baatsch à 150 écrivains et artistes en 1977, Samuel Beckett répond sur une simple carte de visite : « Cher Monsieur / Wozu ? Je n’en ai pas la moindre idée. Pardonnez-moi. »[1]. Nous pourrions reprendre à notre compte cette interpellation « A quoi bon ? » empruntée à Hölderlin. Mais ne soyons pas plus bavard que Beckett et considérons que la lecture de ce numéro puisse être un élément de réponse possible. (G.P.)

 

[1] Jean-Christophe Bailly/Henri-Alexis Baastch, Wozu ?, Paris, Le soleil noir, 1978.

 

Sommaire complet

 

LA NUIT

Gwilherm Perthuis / Tout s'éteindra

Muriel Pic / W. G. Sebald

Corinne Rondeau / Béla Tarr

Laurence Cathala / Création inédite

Julia Hountou / Gina Pane

Stéphanie Sauget / Maisons hantées

Emmanuelle Castellan / Création inédite

Gwilherm Perthuis / Grégory Crewdson

Patrick Beurard-Valdoye / Poésie

Ernesto Castillo / Poésie

Marie-Laure Hurault / Coupure d'électricité (récit)

Gwilherm Perthuis / Brassaï

Hubert Haddad / Nouvelles

Hubert Haddad / Entretien

Philippe Saule / Nuits idiotes

 

JEAN-CHRISTOPHE BAILLY

Jean-Christophe Bailly / Writing about Pictures (conférence)

Dominique Conil / Le Dépaysement

Philippe Morier-Genoud / Les Céphéides

Jean-Christophe Bailly / Poésie

Henri-Alexis Baatsch / Résurgence romantique

Jean-Christophe Bailly / Carnets de B. 

 

EN MARGE

Alain Veinstein / Entretien

Robert Crumb / Sketchbook reports

Silvia Bächli, Mélanie Delattre-Vogt, Alain Huck, Jean Fabre, Nicolas Aiello, Guy de Cointet / portfolio

Florent Danne / Elias Canetti

Pedro G. Romero / Entretien

Christophe Domino et Fabien Pinaroli / Iain Baxter &: Olympique !

 

NOTES de LECTURE

Robert Desnos, Camille Saint-Jacques, Arnaud Buchs, Jean-Claude Hauc, Charles Heimberg, Georges Bataille, Peter Stamm, Gisèle Freund, Miguel Egana, W.G. Sebald.

 

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