L'Art de voler d'Antonio Altarriba

Dans L'Art de voler, l'écrivain et scénariste espagnol Antonio Altarriba raconte l'histoire de son père, qui âgé de 90 ans saute du 4ème étage de sa maison de retraite. S'ouvrant sur trois planches mettant en scène les minutes précédant la chute, l'ouvrage décomposé en trois parties relate le parcours de cet homme ayant traversé et vécu les guerres, les oppressions et les horreurs du XXe siècle. Altarriba rassemble des souvenirs, des documents, des informations orales ou écrites sur l'histoire de son père et débute l'écriture d'une trame romanesque pour lui rendre hommage. Rapidement la forme traditionnelle du récit ne lui suffit pas. Il souhaite travailler la relation entre des éléments plastiques et littéraires afin « de conjuguer l'espace de la figuration et le temps de la narration dans une organisation séquentielle très différente de celle proposée par les moyens d'expression audiovisuelle ». La restitution des situations et des atmosphères était plus précise, plus fidèle avec la bande dessinée. L'auteur sollicite le célèbre dessinateur barcelonais Kim (Joaquim Aubert i Puig-Arnau), dont le père fut également touché par les exactions franquistes, pour construire le dessin de l'Art de voler. Après quelques essais graphiques menés en 2005, plus de quatre années furent nécessaires pour venir à bout de se projet complexe dans le découpage temporel. Il s'agissait de délivrer le père d'Altarriba du poids de la réalité en le métamorphosant en personnage, de lui donner un second envol, artistique et poétique cette fois, non soumis aux lois de la gravité terrestre.

Les vignettes sont rarement seulement illustratives. Le choix des angles de vue sont toujours très précis et témoignent d'une véritable prise de position. Elles rendent le récit plus complexe en appuyant des aspects de l'histoire à peine suggérés par les mots. Deux registres de texte complémentaires déroulent le parcours : la voix intérieur du narrateur et les bulles dialoguées. Ce double niveau de lecture, l'un à distance, de l'ordre du souvenir, et l'autre plus direct, dans l'action, donne de la véracité à l'épopée. De nombreux épisodes métaphoriques s'immiscent dans les moments cruciaux et donc difficiles à expliquer. La métaphore fondamentale du vol qui articule le livre trouve ainsi des prolongements oniriques réguliers.

Dès sa parution en Espagne (2009), L'Art de voler rencontre un véritable succès et reçoit le prestigieux Premio Nacional de Cómic en 2010. Les deux planches reproduites dans ces pages sont situées au tout début de l'album. Elles en établissent les ressorts narratifs qui peuvent être résumés en une phrase : « Ainsi, je conterai la vie de mon père à travers ses yeux, mais de mon point de vue ».

Gwilherm Perthuis

 

Antonio Altarriba / Kim, L'Art de voler, Paris, Denoël graphic, 2011, 213 pages, 23 € 50.

Ce texte a été publié avec deux planches de la bande dessinée dans le numéro 6 de la revue littéraire et artistique Hippocampe.

 

 

« Les symboles nous échappent, mais nous ne leur échappons pas »

Chez Robert Desnos écriture et dessin ne font qu'un. Un immense rébus qui dérive entre le poème et la caricature, entre le croquis et la fiction biographique, par l'association de signes graphiques formant des mots et de textes faisant images. L'éditrice des Œuvres de Desnos republiées en 2011 (« Quarto », Gallimard), Marie-Claire Dumas, propose un volume inédit réunissant ses écrits consacrés aux peintres. Organisés selon un ordre strictement chronologique, les articles de presses, de revues ou de catalogues témoignent d'un intérêt marqué et constant pour la peinture. Mais la lecture continue du livre permet de faire ressortir des inflexions dans le regard posé sur les œuvres d'art et met en évidence une évolution dans le choix des sujets, du point de vue privilégié pour les aborder.

Dans les années 1920, Robert Desnos s'intéresse particulièrement aux expériences surréalistes qui brouillent les frontières entre écriture et représentation graphique, en particulier avec les dessins hypnotiques conservés à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet. L'ouvrage en reproduit plusieurs dans un cahier iconographique. Les cinq versions d'une préface pour une exposition de Marcel Duchamp, conçues comme un tout, sont particulièrement remarquables. Les articles sur Man Ray et Francis Picabia sont nombreux, ponctués de formules qui font l'intérêt de la littérature de Desnos : « Il n'est pas donné à tous de vivre, comme Picabia, la vie comme un belle aventure ».

Certaines déclarations sont très péremptoires. Des propositions manquent de nuance. Mais Desnos voit souvent juste et digresse régulièrement pour plonger son sujet dans un terreau culturel et historique nourrissant. Pour défendre la peinture de Per Krohg au début des années 1930, il n'hésite pas à convoquer « le Nord lointain » et à comparer son engagement à « l'ardeur que les Vikings mettent à vivre perpétuellement dans les antichambres de la nuit absolue. » Quelques essais consacrés Picasso sont assez savoureux, mais nous souhaitons renvoyer nos lecteurs au texte « Au pied du mur », magnifique réflexion universelle sur l'inscription lapidaire. (G.P.)

 

Robert Desnos, Ecrits sur les peintres, Paris, Flammarion, collection, « Champs arts », 283 pages, 9 euros.

 

 

Vue de l'oeuvre de Jorge Macchi dans la cour de l'usine TASE à Vaux-en-Velin (l'un des sites de la Biennale d'art contemporain de Lyon). La reconstitution d'un fragment de jardin à la française tiré de celui de L'Année dernière à Marienbad de Resnais est placée sur un terrain vague en fort contraste. Il s'agit d'une représentation d'une représentation qui questionnait le temps et la mémoire dans le film. L'oeuvre est visible jusqu'au 31 décembre 2011.

Je propose un «prix unique» pour toute la culture

Par Arnaud Montebourg, alors candidat à la primaire présidentielle de la gauche

 

Bonne nouvelle : grâce aux primaires ouvertes donnant aux citoyens le droit d'intervenir et de choisir, la culture est revenue au cœur du débat politique, et l'on ne peut que s'en réjouir, tant le travail de tous ceux qui la portent est précieux et nécessaire pour changer la France. Le débat devrait mieux s'engager qu'il ne l'a été dans les rues d'Avignon. Comme tous les services publics, santé, éducation, justice, police, la culture est exsangue, et ses protagonistes de plus en plus précarisés par l'absurde et dangereuse logique libérale qui domine les têtes. Martine Aubry a proposé d'augmenter de 30 à 50% le budget de la culture, posant question sur le terrain de la crédibilité au regard de la crise des finances publiques que la gauche va devoir traverser et résoudre. François Hollande de lui répondre que les artistes n'attendaient pas de «promesses alimentaires»… Et l'actuel ministre de la Culture de moquer le tout pour mieux masquer son pitoyable échec et son impuissance notoire : selon lui, si le Parti socialiste agite cette question de financement, c'est parce qu'il serait incapable d'avoir des idées.

La culture et les artistes ne peuvent pas être pris en otage et le sujet est trop grave pour être traité à la légère. Assurément, il faut d'urgence donner plus d'argent à la culture et, précisément, parce que nous vivons une période de crise ! Mais, face à la tempête financière qui gronde et nous menace directement, il sera très vite impossible de prétendre augmenter directement le budget de la culture. Est-il permis de rappeler qu'il sera nécessaire de bâtir sur les ruines du sarkozysme un service public de l'éducation qui réussisse contre l'échec scolaire, de reconstruire un hôpital et une santé pour tous, financer une décentralisation nouvelle et investisseuse, mettre de l'argent dans l'université et la recherche et trouver en sus 45 milliards par an à investir dans la renaissance technologique et industrielle du pays ? Pour autant, il faut être insensible et aveugle pour affirmer que les artistes n'ont pas de souci pour la survie de leur travail et que la défense de l'art n'aurait pas à se soucier de ces préoccupations (prétendument) bassement matérielles.

A force de céder aux intérêts de l'oligarchie qui nous dirige, le ministère de la Culture est devenu le cimetière des ambitions perdues. Il concentre son action sur les grosses institutions et industries amies, laissant en déshérence la foule des artistes qui ne peuvent pas vivre de leur art pourtant si nécessaire, écrasant financièrement les collectivités locales qui assuraient l'accès à tous les publics dans les territoires urbains et ruraux. La culture n'est aujourd'hui pensée que comme consommation et divertissement, alors qu'elle est avant tout affaire de production, de diffusion et d'élévation de l'esprit de tous.

Le monde de la culture est marqué dans sa chair par l'épuisement moral et matériel des intermittents maintenus dans la précarité, pendant que l'offre dans les territoires s'étiole et que la désertification culturelle regagne du terrain. Le ministre nous dit : ce n'est pas une affaire d'argent et vous posez les problèmes en termes budgétaires parce que vous n'avez pas d'idées. Pourtant, nous en avons des idées et même des rêves réalisables, nous apportons aussi les propositions nouvelles pour les financer sans augmentation du budget de l'Etat.

Je propose donc une taxation culturelle sur les industries de la culture, par des centimes prélevés sur les bénéfices publicitaires des télévisions privées, les profits gigantesques des fournisseurs d'accès à Internet et les produits industriels diffuseurs de culture comme ceux d'Apple. Ces prélèvements opérés par Bercy devront être explicitement réaffectés à la création artistique et à sa diffusion sur les territoires. Ce financement inédit, moderne et juste témoigne d'une vision responsable et généreuse, face à une économie qui doit participer à la création dont elle fait ses profits.

Je propose la création de coopératives d'artistes, associant la population à la création, et les élus à la diffusion, développées sur tout le territoire, à partir des initiatives existant sur le terrain, comme nouvelle étape de la décentralisation culturelle, car un pays qui se rebâtit est un pays qui mise sur ses créateurs et les encourage.

Je propose l'instauration d'un prix unique de la culture, à l'image du prix unique du livre en 1981, déployé, dans tous les établissements publics, afin de renouer avec les intuitions fondatrices des pionniers de la décentralisation culturelle : si la culture est un service public, comme l'eau, le gaz ou l'électricité, il est nécessaire que son coût reste modeste, donc accessible, comme cela se passe lorsqu'on va à la piscine ou à la patinoire municipale. En clair, pour les institutions culturelles publiques (théâtre, danse, musée, expos…), dans tous les cas, une entrée inférieure à 10 euros.

La relance et la généralisation du projet des «Arts à l'école», de la maternelle à l'université. Pour réussir l'intégration de l'art et de la culture dans l'éducation nationale, nous mettrons en place de véritables binômes artistes-enseignants qui travailleront ensemble, à l'année, dans chaque établissement.

Enfin, la construction d'un véritable parcours professionnel pour les artistes de toutes disciplines. Nous devons en effet avoir le courage de régler la crise (continue) de l'intermittence. Des dizaines de milliers d'intermittents sont sortis du système (une sorte de licenciement de masse invisible), et il s'agit, dans notre société qui a besoin de création, de redéfinir le statut de l'artiste en préservant l'esprit de l'intermittence : ils doivent pouvoir alterner des phases d'activité de production, de gestation, de réflexion et de recherche.

Il est donc urgent d'ouvrir le débat, avec l'ensemble des protagonistes, en posant un certain nombre de questions cruciales : comment continuer à développer l'incroyable énergie que l'intermittence a su développer pendant de nombreuses années, avant la crise de 2003 ? Comment préserver et retrouver cette liberté, unique au monde, qui a su placer les artisans de la culture au cœur des enjeux de notre société ? Dans le contexte actuel, cet esprit de liberté au service d'une mission publique et citoyenne doit maintenant trouver d'autres règles et d'autres formes. A nous de les construire ensemble.

 

 

Des châteaux en Espagne

Cyrille Noirjean et Gwilherm Perthuis

(texte introductif au catalogue)

 

La production industrielle de la peinture en tubes permit aux peintres de sortir de l'atelier, de peindre sur le motif réunissant ainsi le sujet du tableau et le lieu-même de sa réalisation. La technologie d'aujourd'hui offre à quiconque depuis un écran d'ordinateur une balade virtuelle à travers une parcelle agricole, une grande avenue américaine, ou une curiosité topographique située à l'autre bout du monde. La compilation de centaines de millions de photographies disponibles sur l'Internet, la représentation normalisée de ces points du monde par des méthodes de captation constantes et par une codification formelle dessine le cadre strict de la fenêtre à travers laquelle nous voyons le monde : Magritte ouvrait la voie en 1933 et nous suggérait par « La Condition humaine » de ne pas fixer le doigt pour voir la lune.

La tentative imaginaire de maîtrise du visible et de l'espace s'oppose frontalement à l'histoire de la peinture de paysage, qui au contraire, présente le plus souvent l'individu dans une position de fragilité, désorienté par des sentiers tortueux et incertains, pris au piège d'un théâtre naturel dont il n'est qu'atome ou parcelle. Genre pictural qui devient autonome au début du XVIe siècle, au moment même où le terme apparaît en poésie (Jean Molinet, 1493), le paysage est le lieu de l'étrange, de la précarité, du sentiment exacerbé, le cadre favorable à l'examen des passions ou des questionnements relatifs au lien entre l'Homme et la Nature. Dès son origine, le terme paysage décrit simultanément le morceau de réel observable (« la chose en soi ») et sa représentation. Le regard particulier porté sur un territoire, une étendue ou un détail de la nature étant ainsi assimilé à la composition picturale dans laquelle l'artiste projette et établit une fiction souvent plus complexe qu'un simple relevé topographique. C'est d'ailleurs en plaçant au centre de nos deux expositions la question de la vue et de la construction du regard que nous avons envisagé d'aborder le thème vaste du paysage.

Johannes Glauber, Effet de vent, vers 1650, huile sur toile, galerie Michel Descours Lyon.

La galerie Michel Descours, spécialisée dans la peinture et le dessin anciens (XVIe - XXe), et l'URDLA - Centre international estampe & livre, imprimeur et éditeur, fondée en 1978 par Max Schoendorff, s'associent pour l'occasion afin de faire dialoguer des oeuvres provenant de leurs deux fonds constitués de manière autonomes depuis plus de trente ans. L'espace de la rue Auguste-Comte met en relation une sélection d'estampes contemporaines et d'oeuvres anciennes articulées autour de différentes facettes de la notion de paysage, tandis que l'atelier villeurbannais développe un très large panorama comptant plusieurs approches esthétiques, formelles ou intellectuelles de la veduta contemporaine. Ce terme italien renvoie à la fois à la vue comme perception physique, faisant naturellement allusion aux tableaux composés de Canaletto ou Bellotto, mais il évoque également l'idée, le projet, la « vue de l'esprit », c'est-à-dire une conception mentale et théorique du paysage.

« Ferme ton oeil physique, afin de voir ton tableau avec l'œil de l'esprit. » En une formule, Caspar David Friedrich pose les jalons d'enjeux passionnants autour de la perception du paysage et du mécanisme de construction du regard porté sur la réalité. Dans La Femme à la fenêtre (1822), l'artiste allemand précurseur du Romantisme, propose une mise en scène exemplaire de la qualité du regard et de son caractère polymorphe. Une femme de dos, dans un intérieur, contemple un paysage que le regardeur devine à peine. La composition du tableau le contraint à imaginer le paysage qu'elle a devant les yeux. « L'artiste ne doit pas peindre seulement ce qu'il voit devant lui, mais ce qu'il voit en lui. » Friederich met en garde : c'est de l'intérieur, à travers un cadre, qu'il nous est possible d'accéder au paysage. Cet exemple pointe la complexité du phénomène de découpe de l'image. Qu'il soit panoramique ou concentré sur un motif spécifique, le paysage est une extraction très subjective du visible dont la cohérence peut être assurée par la convocation d'effets naturalistes, de détails symboliques, ou de fragments de mémoire. Le paysage est une machine à penser. Un dispositif qui marque précisément un point de vue, une forme de regard, susceptible de troubler le spectateur, de le faire douter, de l'empêcher de voir, ou au contraire de lui offrir la possibilité de percer un écran transparent et profond, un terrain propice à la rêverie et à la divagation. Une exposition est une prise de position, la spatialisation d'un engagement intellectuel sur un sujet. En 1936, par exemple, le directeur du MOMA de New York (Alfred Barr) organise une importante exposition intitulée « Fantastic Art, Dada, Surrealism », mettant en relation les avant-gardes, la modernité et des oeuvres appartenant à l'histoire de l'art. L'objectif affiché était de déterminer des antécédents à l'art moderne et de légitimer des préoccupations surréalistes avec des oeuvres de Bosch, Goya, Redon. Depuis quelques années, les musées nationaux tels que le Louvre (« Contrepoint ») ou Orsay (« Correspondances ») ont organisé plusieurs expositions juxtaposant des œuvres anciennes et des productions contemporaines. Cette pratique vise à faire vibrer des objets ou des images ancrés dans des temporalités différentes et à proposer des lectures renouvelées d'oeuvres parfois trop encadrées ou enfermées dans leur propre contexte. Avec Vedute, nous inaugurons un cycle d'événements qui s'inscrit dans la lignée de ces pratiques institutionnelles car nous sommes attachés aux passerelles entre les âges. Nos préoccupations relatives à la question du regard ou à « la vue » sont ainsi prolongées par une confrontation transgressant la chronologie : le débat sur le regard n'est pas seulement intrinsèque aux oeuvres mais suscite également des interrogations pour les liens agissant entre elles. Pour reprendre des mots de Johann Wolfgang von Goethe, l'exposition doit faire émerger des « affinités électives » et démontrer des proximités entre les objets présentés, tant sur le plan formel qu'intellectuel.


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Lucie Chaumont, Nappe de pétrole, 2011, lithographie, 50 x 65 cm, 20 ex., 350 euros.

Les salles de la galerie sont ponctuées de courtes séquences qui permettent d'envisager plusieurs sous thèmes illustrés par une trentaines d'artistes : le plan et la profondeur, la nature détaillée, le rêve, le clair-obscur… Les propositions de mise en relation répondent à différentes logiques : échos plastiques, correspondances iconographiques, allusions données par le titre. Le volet présenté à l'URDLA s'ouvre quant à lui avec deux héliogravures de Jean-Lucien Guillaume : les yeux de l'artiste débarrassé de sa myopie, fixent le visiteur et l'enjoignent de déposer le regard avant d'entrer dans l'exposition.

La publication qui accompagne Vedute ne tentera pas de circonscrire le paysage et la vue contemporaine par les voies théoriques ; nous lui avons préféré la littérature. L'extrait du Salon de 1767 de Denis Diderot met en scène une promenade dans une peinture de Claude Joseph Vernet : prétexte pour développer des réflexions sur l'art et le paysage. Puis Jean-Claude Silbermann et Jérémy Liron, récemment édités à l'URDLA, proposent deux textes inédits. Les contributions au catalogue invitent à construire différemment les perspectives tracées dans les expositions.

 

Catalogue avec un texte inédit de Jérémy Liron et un texte inédit de Jean-Claude Silbermann.

Pour acheter des estampes éditées et imprimées par l'URDLA : consulter le site www.urdla.com

 

 

Dans le cadre de l'exposition VEDUTE ouverte jusqu'au 31 août 2011,

la galerie Michel Descours vous invite à

« Phares »

Lecture d'un florilège de textes autour de la notion de paysage

(C. Baudelaire, Lucrèce, Jean-Jacques Rousseau, François-René de Chateaubriand, Cesare Pavese,

Claude Levi-Strauss, Benjamin Fondane, Jean-Christophe Bailly...)

par Philippe Morier-Genoud

Jeudi 9 juin 2011 à 19 heures

Galerie Michel Descours

44 rue Auguste Comte 69002 LYON

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. | 04-72-56-75-97

Entrée libre, réservations indispensables.

Nourrie de musique psychédélique, de l'univers du groupe Air, de la guitare de Jimi Hendrix...

découvrir le premier album du néo-zélandais Connan Mockasin et tout particulièrement titre

de 10 minutres "Forever Dolphin Love"

sur Spotify

Article du jounral Le Monde, daté samedi 9 avril 2011 :

Les rêveries fulgurantes et planantes du chanteur néo-zélandais Connan Mockasin

En décembre 2010, sur l'une des scènes des Transmusicales de Rennes, un blondinet, à la coupe "clo-clo" et aux aigus dignes de Christophe, avait fasciné par sa langueur psychédélique et l'onirisme fluide tiré d'une guitare ovale d'un bleu piscine.

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"C'est une Stratocaster dont j'ai découpé les coins pour l'arrondir", explique Connan Mockasin, ledit blondinet, Néo-Zélandais de 28 ans. Forever Dolphin Love, son premier album, d'abord paru au Royaume-Uni, en 2010, sous le nom Please Turn me into the Snat, est une attachante bizarrerie dont il a taillé la forme selon son bon vouloir. "J'ai décidé qu'il ferait 36 minutes, pas une de plus, s'amuse l'excentrique des antipodes, et que j'écrirais et enregistrerais dans l'ordre qui apparaîtrait au final sur le disque, chaque morceau me suggérant le suivant."

Rêveries planantes

Le résultat (biaisé dans le pressage français, où ces dix morceaux en studio sont enchaînés à sept titres enregistrés en concert) tient autant du bricolage que de la magie. On y entend les tâtonnements de l'improvisation et de l'inachevé, mais aussi des fulgurantes rêveries planantes émises d'une voix de tête au coeur de sonorités aquatiques.

L'ambiguïté grivoise de It's Choade my Dear ("choade" pouvant désigner en anglais un pénis aussi large que long) contraste avec la beauté aérienne d'une mélodie et d'un riff de guitare ressemblant à du Jimi Hendrix (l'une de ses idoles) sous antidépresseurs.

Envoûtante dérive de dix minutes, la chanson Forever Dolphin Love voit le guitariste vocaliser comme un enfant de Syd Barrett et Flipper le dauphin. "Je suis tombé sur Internet sur un essai consacré à l'amour physique des dauphins, raconte le musicien. Ce type expliquait comment les étreindre et les caresser."

Grandi à Tauranga, une petite ville balnéaire de la côte est de l'île nord du pays, Connan Hosford en décrit le plaisir quotidien des séances de surf mais aussi les frustrations d'une scolarité où la notion d'art se limitait à celui du placage de rugby et la musique du haka des All Blacks.

Une guitare, achetée à l'âge de 9 ans, lui fournit quelques pistes d'évasion, mais c'est surtout le Japon qui lui permettra d'exalter son goût du mystère. "Les films d'animation de Miyazaki (Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro) m'ont fait particulièrement rêver. J'aime, par exemple, la façon dont ses méchants possèdent des qualités qui les rendent ambigus et troublants", confie le chanteur.

Connan Mockasin avoue aussi volontiers ses penchants francophiles : il aime Serge Gainsbourg et Air, le groupe de Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin.

Il y a cinq ans, Connan Mockasin quitte la Nouvelle-Zélande pour Londres. Il est repéré par quelques activistes de la scène underground et se rapproche de groupes comme Late of the Pier, les Klaxons ou Micachu and the Shapes, avant de signer un contrat avec Phantasy Sound, label discographique dirigé par le DJ Erol Alkan, gourou de la scène dance punk.

Deux ans après l'enregistrement des morceaux de Forever Dolphin Love, Connan Mockasin se dit tenté par d'autres voies, "sans que j'aie la moindre idée de ce à quoi cela va ressembler", modère-t-il immédiatement.

Stéphane Davet

Forever Dolphin Love, de Connan Mockasin. 1 CD PhantasySound-Because-Warner.