SACRÉ GABASTOU ! D'André Gabastou, je ne peux parler qu'en termes très élogieux. Après tant d'années d'étroite collaboration entre traducteur et auteur (il a traduit plus d'une dizaine de mes livres), il a acquis une connaissance très raffinée de ma manière d'écrire et c'est en véritable artiste qu'il résout les problèmes posés aux traducteurs par la prolifération dans mes textes de citations littéraires (vraies ou fausses). Il a une méthode infaillible - que je n'ai d'ailleurs pas saisie - pour faire en sorte que chaque problème de traduction soit une fête. Je crois qu'il me connaît mieux que je ne me connais moi-même. Je l'ai raconté plusieurs fois : je suis tombé un jour sur une longue phrase, mise en exergue dans un encadré, à la troisième page du supplément Livres du Monde. Peut-être parce qu'il s'agissait d'un thème qui m'était cher, cette longue phrase me parut fort bien écrite, dans un rythme élégant qui suscitait l'envie. Je me suis dit que j'aurais bien aimé en être l'auteur. Les mots de cette longue phrase étaient si bien choisis et l'ordonnance des propositions subordonnées si harmonieuse ! C'est à ce moment-là que j'ai découvert que cette phrase était signée de moi et qu'elle était tirée d'un de mes romans, dans la géniale traduction de Gabastou. Ce jour là, j'ai compris pourquoi j'avais en France autant de bons lecteurs et pourquoi la France me réservait un si bel accueil. « Sacré Gabastou ! » ai-je alors pensé.

Enrique Vila-Matas (Traduction par Alain Montcouquiol)

Texte publié pour la première fois dans l'ouvrage de Serge Velay, Entré de la littérature en gare de Nîmes, édition Domens, 2010


Un inédit d'Enrique Vila-Matas disponible dans le numéro 6 de la revue Hippocampe (novembre 2011) : un long extrait du Journal volubile 2.
Pour acquérir ce numéro (12 euros) envoyer un message à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

 

 

Cheminer dans les livres

Professeur de littérature à l'université de Neuchâtel en Suisse, Muriel Pic est spécialiste du montage littéraire et plus particulièrement de l'œuvre de W. G. Sebald, auquel elle consacra récemment un essai intitulé W. G. Sebald - L'image papillon (Presses du réel, 2011). Passionnée par les liens entre les textes, par les emboîtements de plusieurs ouvrages, ou par la difficile définition de la figure du lecteur, elle met en scène les aspects fictionnels de l'espace où sont rangés les livres, dans Les Désordres de la bibliothèque. Le recueil magnifiquement imprimé est décomposé en deux parties : un ensemble d'une vingtaine de doubles pages, véritables photomontages de vues de bibliothèques privées ou publiques, puis un essai centré sur une photographie de William Henry Fox Talbot, publiée en 1844 dans The Pencil of Nature, première représentation photographique de bibliothèque éditée.

Le texte préliminaire de Christian Prigent explore les liens entre la représentation d'une bibliothèque et la personnalité qui l'a construite. Il note que la bibliothèque n'est pas une simple accumulation de livres, mais qu'elle constitue souvent « le film d'une aventure ». Prigent compare les différentes images rassemblées à des photogrammes isolés, qui sont autant d'indices éclatés d'un portrait littéraire fictif. Les bibliothèques photographiées par Muriel Pic ne sont pas restituées dans leur globalité, mais composées dans chaque cas comme un blason médiéval (par mise en relations de détails isolés). Le montage final révèle des informations sur le lecteur, sur ce qu'il lit, sur ce qui caractérise son identité. Le type de livres, leurs formes, leurs couleurs, leur manière d'être rangés produisent également des univers plastiques très différents d'un lecteur à l'autre. La liste dressée en fin d'ouvrage, en guise de remerciements, incite à tenter de mettre en relation les noms et les montages... L'homme n'est pas « habillé de livres » comme dans le portrait de bibliothécaire d'Arcimboldo, où les livres représentent littéralement l'individu, mais l'accumulation d'objets peut signifier l'espace mental dans lequel il évolue.

Dans son essai « La biblioteca obscura de W.H.F. Talbot », Muriel Pic aborde les problématiques soulevées plus haut à travers le prisme d'un exemple historique très intéressant mais peu connu. Le livre de Talbot rassemblait 24 calotypes accompagnés de textes les commentant. La planche VIII intitulée « Scène dans une bibliothèque » montre deux rangées de livres superposées dont les dos sont illisibles. Le commentaire ne donne pas d'explication précise sur la photographie, mais introduit une fiction où des rayons ultraviolets permettraient de regarder ce qui se déroule dans une chambre obscure. Talbot joue sur le double sens de camera obscura, pour brouiller les pistes entre la chambre de l'appareil photographique et l'obscurité supposée du lieu de la narration. Le fragment de bibliothèque s'inscrit dans l'histoire du roman noir où la bibliothèque joue un rôle déterminant, et dont l'archétype Le Château d'Otrante d'Horace Walpole (1764). Ce dernier annonce à son lecteur qu'il a découvert dans une bibliothèque l'histoire qu'il s'apprête à raconter. C'est dans cette atmosphère gothique que la photographie prend naissance, d'emblée attachée à la fiction littéraire, au fantastique, au roman noir, au crime, à l'énigme... Et la bibliothèque est une des clefs déterminante de l'invention de cette relation. Muriel Pic rappelle que la « bibliothèque est un atlas fantastique qui suscite des tracés et des déplacements divers », une sorte de labyrinthe favorisant l'intertexte et les chevauchements entre les livres. Celui de Talbot met en scène le nouveau rapport entre texte et image induit par l'invention de la photographie et invente de nouvelles connexions. Botaniste et philologue, il cherche à démontrer que les traces du passé peuvent permettre de déterminer l'avenir, et prouve que la photographie, ce qui a été, a « valeur de présage ». Les énigmes de Talbot constituent un magnifique écho intellectuel aux montages iconographiques de bibliothèques. Les chemins tracés dans cette publication de belle facture, bien supervisée par les éditions Filigranes, rejoignent les carrefours où se rencontrent déjà Jorge Luis Borges ou Aby Warburg.

Par Gwilherm Perthuis


Muriel Pic, Les Désordres de la bibliothèque, Trézélan, Filigranes éditions, 2010, 71 pages, 25 euros.

Cette note de lecture à retrouver dans le n° 6 de la revue Hippocampe.
Muriel Pic a écrit un essai pour le 7ème numéro de la revue Hippocampe consacré à la Nuit.

 

 

Une immersion hors les murs

Pendant la longue période de travaux, le Musée de Valence développe un programme hors les murs ambitieux afin de poursuivre sa politique de monstration des collections et de proposer des axes de réflexion préfigurant les enjeux du musée agrandi et rénové. La thématique directrice de l'institution dirigée par Hélène Moulin, qui fut pensée autour d'un noyau extrêmement important de dessins d'Hubert Robert (1733 - 1808) , est la question essentielle du paysage. C'est à partir de ce thème que Dorothée Deyries-Henry, conservatrice chargée de l'art contemporain et du programme hors les murs, a imaginé une exposition traitant de l'immersion dans un environnement sensible. En réunissant les œuvres de Franz Ackermann, Elisabeth Ballet et James Turrell, elle pose le problème de l'œuvre d'art qui englobe le spectateur, pris dans une scénographie totale à laquelle il n'est pas seulement confronté comme dans les peintures de Hubert Robert, mais pleinement inscrit et englobé. Il s'agit d'interroger les limites de l'espace dans lequel le visiteur évolue et de brouiller les frontières entre le monde réel et les lieux de l'art. La fusion de l'art et du réel est on le sait illusoire, même si les artistes n'ont cessé d'essayer de les confondre par les instruments plastiques dont ils disposent.

Les trois artistes réunis dans l'exposition ont pour point commun de produire des chevauchements entre médiums et de brouiller les limites entre les images produites dans un cadre fermé et dans un espace diffus. Les lignes et les formes de Franz Ackermann (sortes de all over) trouvent des prolongements dans les sculptures de Elisabeth Ballet, tandis que James Turrell bouleverse la perception d'une salle avec une simple projection…

Le catalogue est articulé en deux parties séparées : des essais relativement référencés qui inscrivent les trois artistes dans l'histoire de l'art des cinquante dernières années, puis des photographies d'œuvres exposées, dont l'organisation graphique efficace permet d'enrichir la lecture des textes et non seulement de les illustrer. Les articles de Matthieu Poirier, Philippe-Alain Michaud et Corinne Rondeau sont chacun centrés sur un des artistes tandis que la commissaire de l'exposition propose une introduction synthétique de son propos.

par Gwilherm Perthuis

 

Dorothée Deyries-Henry (sous la dir.), Immersion [Franz Ackermann/Elisabeth Ballet/James Turrell], Valence, Musée de Valence, 2011, non paginé, 18 euros.

 

Note de lecture à retrouver dans le n° 6 de la revue Hippocampe.

 

 

L'Art de voler d'Antonio Altarriba

Dans L'Art de voler, l'écrivain et scénariste espagnol Antonio Altarriba raconte l'histoire de son père, qui âgé de 90 ans saute du 4ème étage de sa maison de retraite. S'ouvrant sur trois planches mettant en scène les minutes précédant la chute, l'ouvrage décomposé en trois parties relate le parcours de cet homme ayant traversé et vécu les guerres, les oppressions et les horreurs du XXe siècle. Altarriba rassemble des souvenirs, des documents, des informations orales ou écrites sur l'histoire de son père et débute l'écriture d'une trame romanesque pour lui rendre hommage. Rapidement la forme traditionnelle du récit ne lui suffit pas. Il souhaite travailler la relation entre des éléments plastiques et littéraires afin « de conjuguer l'espace de la figuration et le temps de la narration dans une organisation séquentielle très différente de celle proposée par les moyens d'expression audiovisuelle ». La restitution des situations et des atmosphères était plus précise, plus fidèle avec la bande dessinée. L'auteur sollicite le célèbre dessinateur barcelonais Kim (Joaquim Aubert i Puig-Arnau), dont le père fut également touché par les exactions franquistes, pour construire le dessin de l'Art de voler. Après quelques essais graphiques menés en 2005, plus de quatre années furent nécessaires pour venir à bout de se projet complexe dans le découpage temporel. Il s'agissait de délivrer le père d'Altarriba du poids de la réalité en le métamorphosant en personnage, de lui donner un second envol, artistique et poétique cette fois, non soumis aux lois de la gravité terrestre.

Les vignettes sont rarement seulement illustratives. Le choix des angles de vue sont toujours très précis et témoignent d'une véritable prise de position. Elles rendent le récit plus complexe en appuyant des aspects de l'histoire à peine suggérés par les mots. Deux registres de texte complémentaires déroulent le parcours : la voix intérieur du narrateur et les bulles dialoguées. Ce double niveau de lecture, l'un à distance, de l'ordre du souvenir, et l'autre plus direct, dans l'action, donne de la véracité à l'épopée. De nombreux épisodes métaphoriques s'immiscent dans les moments cruciaux et donc difficiles à expliquer. La métaphore fondamentale du vol qui articule le livre trouve ainsi des prolongements oniriques réguliers.

Dès sa parution en Espagne (2009), L'Art de voler rencontre un véritable succès et reçoit le prestigieux Premio Nacional de Cómic en 2010. Les deux planches reproduites dans ces pages sont situées au tout début de l'album. Elles en établissent les ressorts narratifs qui peuvent être résumés en une phrase : « Ainsi, je conterai la vie de mon père à travers ses yeux, mais de mon point de vue ».

Gwilherm Perthuis

 

Antonio Altarriba / Kim, L'Art de voler, Paris, Denoël graphic, 2011, 213 pages, 23 € 50.

Ce texte a été publié avec deux planches de la bande dessinée dans le numéro 6 de la revue littéraire et artistique Hippocampe.

 

 

« Les symboles nous échappent, mais nous ne leur échappons pas »

Chez Robert Desnos écriture et dessin ne font qu'un. Un immense rébus qui dérive entre le poème et la caricature, entre le croquis et la fiction biographique, par l'association de signes graphiques formant des mots et de textes faisant images. L'éditrice des Œuvres de Desnos republiées en 2011 (« Quarto », Gallimard), Marie-Claire Dumas, propose un volume inédit réunissant ses écrits consacrés aux peintres. Organisés selon un ordre strictement chronologique, les articles de presses, de revues ou de catalogues témoignent d'un intérêt marqué et constant pour la peinture. Mais la lecture continue du livre permet de faire ressortir des inflexions dans le regard posé sur les œuvres d'art et met en évidence une évolution dans le choix des sujets, du point de vue privilégié pour les aborder.

Dans les années 1920, Robert Desnos s'intéresse particulièrement aux expériences surréalistes qui brouillent les frontières entre écriture et représentation graphique, en particulier avec les dessins hypnotiques conservés à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet. L'ouvrage en reproduit plusieurs dans un cahier iconographique. Les cinq versions d'une préface pour une exposition de Marcel Duchamp, conçues comme un tout, sont particulièrement remarquables. Les articles sur Man Ray et Francis Picabia sont nombreux, ponctués de formules qui font l'intérêt de la littérature de Desnos : « Il n'est pas donné à tous de vivre, comme Picabia, la vie comme un belle aventure ».

Certaines déclarations sont très péremptoires. Des propositions manquent de nuance. Mais Desnos voit souvent juste et digresse régulièrement pour plonger son sujet dans un terreau culturel et historique nourrissant. Pour défendre la peinture de Per Krohg au début des années 1930, il n'hésite pas à convoquer « le Nord lointain » et à comparer son engagement à « l'ardeur que les Vikings mettent à vivre perpétuellement dans les antichambres de la nuit absolue. » Quelques essais consacrés Picasso sont assez savoureux, mais nous souhaitons renvoyer nos lecteurs au texte « Au pied du mur », magnifique réflexion universelle sur l'inscription lapidaire. (G.P.)

 

Robert Desnos, Ecrits sur les peintres, Paris, Flammarion, collection, « Champs arts », 283 pages, 9 euros.

 

 

Vue de l'oeuvre de Jorge Macchi dans la cour de l'usine TASE à Vaux-en-Velin (l'un des sites de la Biennale d'art contemporain de Lyon). La reconstitution d'un fragment de jardin à la française tiré de celui de L'Année dernière à Marienbad de Resnais est placée sur un terrain vague en fort contraste. Il s'agit d'une représentation d'une représentation qui questionnait le temps et la mémoire dans le film. L'oeuvre est visible jusqu'au 31 décembre 2011.

Je propose un «prix unique» pour toute la culture

Par Arnaud Montebourg, alors candidat à la primaire présidentielle de la gauche

 

Bonne nouvelle : grâce aux primaires ouvertes donnant aux citoyens le droit d'intervenir et de choisir, la culture est revenue au cœur du débat politique, et l'on ne peut que s'en réjouir, tant le travail de tous ceux qui la portent est précieux et nécessaire pour changer la France. Le débat devrait mieux s'engager qu'il ne l'a été dans les rues d'Avignon. Comme tous les services publics, santé, éducation, justice, police, la culture est exsangue, et ses protagonistes de plus en plus précarisés par l'absurde et dangereuse logique libérale qui domine les têtes. Martine Aubry a proposé d'augmenter de 30 à 50% le budget de la culture, posant question sur le terrain de la crédibilité au regard de la crise des finances publiques que la gauche va devoir traverser et résoudre. François Hollande de lui répondre que les artistes n'attendaient pas de «promesses alimentaires»… Et l'actuel ministre de la Culture de moquer le tout pour mieux masquer son pitoyable échec et son impuissance notoire : selon lui, si le Parti socialiste agite cette question de financement, c'est parce qu'il serait incapable d'avoir des idées.

La culture et les artistes ne peuvent pas être pris en otage et le sujet est trop grave pour être traité à la légère. Assurément, il faut d'urgence donner plus d'argent à la culture et, précisément, parce que nous vivons une période de crise ! Mais, face à la tempête financière qui gronde et nous menace directement, il sera très vite impossible de prétendre augmenter directement le budget de la culture. Est-il permis de rappeler qu'il sera nécessaire de bâtir sur les ruines du sarkozysme un service public de l'éducation qui réussisse contre l'échec scolaire, de reconstruire un hôpital et une santé pour tous, financer une décentralisation nouvelle et investisseuse, mettre de l'argent dans l'université et la recherche et trouver en sus 45 milliards par an à investir dans la renaissance technologique et industrielle du pays ? Pour autant, il faut être insensible et aveugle pour affirmer que les artistes n'ont pas de souci pour la survie de leur travail et que la défense de l'art n'aurait pas à se soucier de ces préoccupations (prétendument) bassement matérielles.

A force de céder aux intérêts de l'oligarchie qui nous dirige, le ministère de la Culture est devenu le cimetière des ambitions perdues. Il concentre son action sur les grosses institutions et industries amies, laissant en déshérence la foule des artistes qui ne peuvent pas vivre de leur art pourtant si nécessaire, écrasant financièrement les collectivités locales qui assuraient l'accès à tous les publics dans les territoires urbains et ruraux. La culture n'est aujourd'hui pensée que comme consommation et divertissement, alors qu'elle est avant tout affaire de production, de diffusion et d'élévation de l'esprit de tous.

Le monde de la culture est marqué dans sa chair par l'épuisement moral et matériel des intermittents maintenus dans la précarité, pendant que l'offre dans les territoires s'étiole et que la désertification culturelle regagne du terrain. Le ministre nous dit : ce n'est pas une affaire d'argent et vous posez les problèmes en termes budgétaires parce que vous n'avez pas d'idées. Pourtant, nous en avons des idées et même des rêves réalisables, nous apportons aussi les propositions nouvelles pour les financer sans augmentation du budget de l'Etat.

Je propose donc une taxation culturelle sur les industries de la culture, par des centimes prélevés sur les bénéfices publicitaires des télévisions privées, les profits gigantesques des fournisseurs d'accès à Internet et les produits industriels diffuseurs de culture comme ceux d'Apple. Ces prélèvements opérés par Bercy devront être explicitement réaffectés à la création artistique et à sa diffusion sur les territoires. Ce financement inédit, moderne et juste témoigne d'une vision responsable et généreuse, face à une économie qui doit participer à la création dont elle fait ses profits.

Je propose la création de coopératives d'artistes, associant la population à la création, et les élus à la diffusion, développées sur tout le territoire, à partir des initiatives existant sur le terrain, comme nouvelle étape de la décentralisation culturelle, car un pays qui se rebâtit est un pays qui mise sur ses créateurs et les encourage.

Je propose l'instauration d'un prix unique de la culture, à l'image du prix unique du livre en 1981, déployé, dans tous les établissements publics, afin de renouer avec les intuitions fondatrices des pionniers de la décentralisation culturelle : si la culture est un service public, comme l'eau, le gaz ou l'électricité, il est nécessaire que son coût reste modeste, donc accessible, comme cela se passe lorsqu'on va à la piscine ou à la patinoire municipale. En clair, pour les institutions culturelles publiques (théâtre, danse, musée, expos…), dans tous les cas, une entrée inférieure à 10 euros.

La relance et la généralisation du projet des «Arts à l'école», de la maternelle à l'université. Pour réussir l'intégration de l'art et de la culture dans l'éducation nationale, nous mettrons en place de véritables binômes artistes-enseignants qui travailleront ensemble, à l'année, dans chaque établissement.

Enfin, la construction d'un véritable parcours professionnel pour les artistes de toutes disciplines. Nous devons en effet avoir le courage de régler la crise (continue) de l'intermittence. Des dizaines de milliers d'intermittents sont sortis du système (une sorte de licenciement de masse invisible), et il s'agit, dans notre société qui a besoin de création, de redéfinir le statut de l'artiste en préservant l'esprit de l'intermittence : ils doivent pouvoir alterner des phases d'activité de production, de gestation, de réflexion et de recherche.

Il est donc urgent d'ouvrir le débat, avec l'ensemble des protagonistes, en posant un certain nombre de questions cruciales : comment continuer à développer l'incroyable énergie que l'intermittence a su développer pendant de nombreuses années, avant la crise de 2003 ? Comment préserver et retrouver cette liberté, unique au monde, qui a su placer les artisans de la culture au cœur des enjeux de notre société ? Dans le contexte actuel, cet esprit de liberté au service d'une mission publique et citoyenne doit maintenant trouver d'autres règles et d'autres formes. A nous de les construire ensemble.