Berlin. (non) simultané

Berlin. (un)gleichzeitiges Angela Sanmann - 2009 Français - Allemand

ISBN : 978-2-930438-31-3 64 pages - 8 EUR Format : 10x17 CM

Angela Sanmann est une des remarquables voix émergeantes dans la jeune, et foisonnante, poésie allemande contemporaine. Sa poésie, bien qu'étant impliquée essentiellement dans l'univers urbain, souvent dur, confrontée à l'histoire, aux histoires, d'une ville comme Berlin notamment, reste toujours élégante, elle questionne et elle respire. Le regard de la poétesse sur la ville est impitoyablement juste et sans complaisance, mais sans jamais cependant céder en grâce dans ses visions détaillées ; qu'il s'agisse de Berlin, qu'elle a choisi comme ville d'adoption, ou de Paris, Lyon, Nantes, Leipzig ou encore Bruxelles, destinations de ses nombreux voyages et de ses recherches poétiques. Outre la confrontation lyrique avec la ville, Angela Sanmann écrit de courts poèmes - un vrai défi, la forme courte - d'ordre plus personnel, surgissant du quotidien immédiat, poèmes d'une douceur froide pourrait-on dire, qui offrent des aspects du sentiment amoureux, de la solitude aussi, ainsi que du spectre des souvenirs. Rares sont les voix dans la poésie aujourd'hui qui, avec une telle cohérence, sondent et lient les convulsions de nos villes à l'intime.
La revue littéraire et artistique de recherche HIPPOCAMPE sera présente à la librairie de la Biennale d'art contemporain de Lyon du 14 septembre au 3 janvier 2010. Numéro 1 nouvelle série | 8 euros | "Grotte, caverne, souterrain"

Numéro 2 nouvelle série | 9 euros | "Perspectives helvétiques"

La Sucrière 47-49 quai Rambaud 69002 LYON

Information Librairie Descours

04 78 42 65 67

EXTRAIT

"Ceux qui récusent le pouvoir de conditionnement de la publicité (ses mass media en général) n'ont pas saisi la logique particlière de leur efficacité. Qui n'est plus une logique de l'énoncé et de la preuve, mais une logique de fable et de l'adhésion. On n'y croit pas, et pourant on y tient. La "démonstration" du produit ne persuade au fond personne : elle sert à rationaliser l'achat, qui de toutes façons précède ou déborde les motifs rationnels. Pourtant, sans "croire" à ce produit, je crois à la publicité qui veut m'y faire croire. C'est toute l'histoire du Père Noël : les enfants non plus ne s'interrogent guère sur son existence et ne procèdent jamais de cette existence aux cadeaux qu'ils reçoivent comme de la cause à l'effet - la croyance au Père Noël est une fabulation rationalisante qui permet de préserver dans le seconde enfance la relation miraculeuse de gratification par les parents (et plus précisément par la mère) qui fut celle de la prime enfance. Cette relation miraculeuse, révolue dans les faits, s'intériorise dans une croyance qui en est le prolongement idéal. Ce romanesque n'est pas artificiel : il est fondé sur l'intérêt réciproque qu'ont les deux parties à préserver cette relation. Le Père Noël dans tout cela est sans importance, et l'enfant n'y croit que parce qu'il est au fond sans importance. Ce qu'il consomme à travers cette image, cette fiction, cet alibi - et à quoi il croira lors même qu'il n'y croira plus, - c'est le jeu de la sollicitude parentale miraculeuse et le soin que prennent les parents d'être complices de sa fable. Les cadeaux ne font que sanctionner ce compromis.

L'opération publicitaire est du même ordre. Ni le discours rhétorique, ni même le discours informatif sur les vertus du produit n'ont d'effet décisif sur l'acheteur. Ce à quoi l'individu est sensible, c'est à la thématique latente de protection et de gratification, c'est au soin qu'"on" prend de le solliciter et de le persuader, c'est au signe, illisible à la conscience, qu'il y a quelque part une instance (ici sociale, mais qui renvoie directemenr à l'image de la mère) qui accepter de l'informer sur ses propres désirs, de les prévenir et des les rationnaliser à ses propres yeux. Il ne "croit" donc pas davantage à la publicité que l'enfant au Père Noël. Ce qui ne l'empêche pas d'adhérer tout autant unc situation infantile intériorisée, et de se comporter en conséquence. D'où l'efficacité très réelle de la publicité, selon une logique qui, pour n'être pas celle du conditionnement-réflexe, n'en est pas moins très rigoureuse : logique de la croyance et le régression."

Jean Baudrillard, Le système des objets, Paris, Gallimard, 1968, p. 232-234.

Textes de Jacques Sicard

L'Avventura. - L'amour, dit-on, serait notre seul contretemps - ce temps à l'arrière-plan du temps et lui tournant le dos. Lui seul, en dépit de son petit et grand guignol, serait en mesure de provoquer une syncope dans les cours jumeaux, a priori si bien réglés, du sang et des échanges (ce soir, ici, qui n'est pas l'Avventura, qui n'est pas Lipari, qui n'est pas Monica Vitti, ce soir, ici, petit port de pêche du sud, chacun flairant les chaleurs de l'autre en plein négoce de nuit sous une pluie dont on aurait pu compter les gouttes.)

Le coma bref des baisers, la disparition amoureuse dont la convention veut qu'ils fassent un instant vaciller la colonne des chiffres, la méta-humanité promise et le gène prédisposant au cancer, Antonioni les filme comme une scène d'épouvante - et ce n'est plus qu'épouvante contre épouvante, soudain, épouvante des émois contre épouvante des économies, celle du corps et celle des marchés, résultat d'un froid mouvement de désolidarisation, tout en faux raccords et silences, où se reconnaît la marque hautaine du ferrarais : un autre sorte de contretemps - on n'avait jamais vu ça.

Texte de Gwilherm Perthuis

Antonin Artaud pourrait être qualifié d'auteur de la déchirure. Il témoigne d'une amitié et d'un intérêt pour trois artistes revendiquant leur pratique figurative de la peinture dans les années 1930 : Francis Tailleux, André Marchand et le nancéen Francis Gruber. L'auteur du Théâtre et son double croque les trois peintres qui furent marqués par la déchirure du nazisme : un dessin à l'encre sur un vieux morceau de papier jauni qui figure aujourd'hui dans l'importante rétrospective consacrée à Gruber.

Texte d'Andrea Guiducci C'est un thème ancestral celui de l'association de la nature avec la femme, autant comme mère que comme amante. Ce rapport a acquis des valeurs perversesdès les premières colonisations : la terre encore vierge devient une femmequ'on peut exploiter donc sujette aux violences de l'homme colonisateur. Mais ce n'est qu'avec le roman colonial, donc avec la réélaboration des événements, que cette variation du « topos » devient explicite.

par Gwilherm Perthuis

Le Musée du Louvre prolonge sa série d'expositions monographiques d'art graphiques composées essentiellement de pièces lui appartenant, en exposant jusqu'au 21 septembre prochain les dessins du siennois Domenico Beccafumi. Ces événements qui demeurent simples et convenus dans l'accrochage et dans la conception, puisqu'ils sont articulés autour d'un corpus prédéfinis, n'en sont pas moins importants pour reconsidérer le travail graphique d'un artiste important bien représenté au Cabinet des estampes du Louvre.