Hippocampe 2 nouvelle série | parution le 15-10-2009

148 pages | 9 euros (points de vente et information voir rubrique "Contact")

Avec le soutien de la p1010241.jpgListe non exhaustive des contributions : Entretien avec le cinéaste Alain Tanner | Photographies inédites prises par le poète Gustave Roud | Reprise d'un article de Jean Starobinski de 1942 (plus édité) | Cartes postales envoyées de Suisse par Henri Calet lorsqu'il rédige Rêver à la Suisse | Texte inédit de Robert Walser : Basta | Le Guide du voyage en Suisse de Jean Paulhan par Bernard Baillaud | Essai sur Fischli & Weiss par Fanny Schulmann | Trois interventions de Fabio Pusterla dont un poème (Babel) et un essai « La situation culturelle Suisse » | Hermann Hesse et l'Ile des morts de Böcklin par Roger Dadoun | Gravures de très grand format de Franz Gertsch par Rainer Michael Mason | Trois revues romandes entre 1940 et 1945 par Doris Jakubec | Le minotaure de Dürrenmatt par Andrea Guiducci | Sur l'art concret, par Gottrfied Honneger | Les riches heures de la scène artistique genevoise…, par Christian Besson | Note sur la peinture de Francis Baudevin | Herzog & de Meuron et Peter Zumthor | Rémy Zaugg scénographe d'exposition, par Gwilherm Perthuis | Introduction à la Suisse merveilleuse, par David Collin | Aby Warburg à Kreuzlingen, par Jacques André | Rock&roll Suisse, par Bernard Comment | Jean-Luc Godard, par Jacques Sicard | Recension de livres : Suite Suisse d'Hélène Bessette (Annalisa Lombardi), L'Italien à la paresseuse d'Henri Calet (Cyrille Noirjean), Le Rêve de Walacek de Giovanni Orelli, la correspondance Roud/Nicole... Création en hommage à Grisélidis Réal de Alexandra Pouzet et Alain-Pierre Pillet. gygi ok.jpg Fabrie Gygi, Bâche, oeillet, sangle, linogravure,110 x 200, 16 ex., éditeur URDLA Centre international estampe et livre, VIlleurbanne.

Un article consacré au numéro 1 nouvelle série de la revue Hippocampe dans Les Lettres françaises du samedi 3 octobre 2009 (livré avec L'Humanité).

Lien pour voir l'article (page X).
par Jindra Kratochvil Vous souvenez-vous de la plus grande ellipse cinématographique de tous les temps? Lorsque l'os-devenu-outil projeté en l'air trouve son écho en l'image d'un vaisseau spatial flottant dans l'espace interstellaire? Partons de l'hypothèse suivante: les principaux protagonistes de 2001 l'Odyssée de l'espace sont au moins deux - l'homme, que nous avons l'habitude de reconnaître en qualité d'instigateur des événements, et l'outil, qui dépasse son statut d'objet inerte pour se transformer en quelque chose d'autre, qui est doué d'une volonté propre et dont le destin pourrait éventuellement se dissocier de celui de l'homme. Nous n'avons pas l'ambition d'illustrer cette hypothèse par d'innombrables récits dans lesquels les créatures échappent à leurs créateurs, il s'agit là d'établir un léger rapprochement avec le rôle de la machine dans la musique contemporaine. Plus exactement - avec un événement consacré à la musique électronique expérimentale qui a eu lieu le 1er octobre 2009 à Lyon dans le cadre du festival Riddim Collision 11. La programmation de la soirée était relativement « éclectique » et présentait quatre spectacles, mais nous allons exploiter la ruse de Kubrick pour nous intéresser uniquement aux extrémités. L'ouverture avec Pierre Bastien puis la clôture avec Pan Sonic.

Joseph L. Mankiewicz: The Ghost and Mrs. Muir (L'Aventure de Mme Muir)

1

Assise dans un fauteuil, parfaitement immobile, à peine plus qu'une silhouette dans la demi-obscurité qui émane d'elle et qui la cercle, elle se parle bas, d'une voix blanche.

Inaudible la voix ne respire pas, les mots n'ont pas d'adresse, le corps est sans attente, on ne lui soupçonne ni l'abandon du repos ni la préméditation d'un geste.

On ne voit pas les yeux, paupières closes, mais on les devine ouverts sur la parole dite, ils la lisent, les yeux ont toujours lu, de même la parole n'a jamais eu d'existence au-delà d'une image effleurée dans l'œil.

C'est Lucy Muir, de Mankiewicz, c'est l'amour intransitif de Lucy Muir, l'essentiel des forces d'une vie dépensé à s'asseoir, au propre comme au figuré, et à se regarder passer, c'est-à-dire à suivre l'enchaînement de ses propres fictions.

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Que devient la réalité lorsqu'elle est projetée sur un écran ? Elle y laisse sa peau. Au sens aussi bien de mourir que de muer. L'exsuvie que le serpent abandonne, c'est tout ce qui reste sur la toile du grand chantage du vivant. Apparences qui, d'être sans substance, ne se reconnaissent plus.

Que devient l'amour, naturellement cinégénique, lors de sa projection sur les praticables du monde ? Une solitude jalouse. C'est Lucy Muir, amante intransitive qui, le temps d'une vie oubliée, avec plaid et verre de lait, suit les variations chromatiques du jour dans le cadre de la baie vitrée de sa chambre - comme l'on contemple les «poussières dans un rai de lumière » de Vilhelm Hammershoi ; les pigments de la peinture interdisant la condensation en figures, même fugitives, de leur pulvérulence ; ce qui induit chez le spectateur une passion indéfinie, mais également une joie de l'inaction, un plaisir de se laisser couler. Le cœur épris et le corps dispos. Le cœur exalté qu'emportera sa nécrose, dans un corps dispensé de « l'héroïsme du quotidien ».

Ugo Rondinone : Sunrise East

jusqu'au 15 novembre 2009

Dans le cadre du Festival d'Automne à Paris, le musée du Louvre invite l'artiste contemporain Ugo Rondinone à présenter une installation dans le jardin des Tuileries. Douze sculptures monumentales, en bronze patiné argenté, représentant les douze mois de l'année, sont installées autour d'un bassin.

Sunrise East est composé d'un ensemble de figures énigmatiques représentant chacune un mois de l'année dans une évocation du cycle des saisons, de l'éternel retour du même et de l'inexorable passage du temps. Leurs expressions intriguent, leur monumentalité met à distance. Elles poursuivent la série des masques dans lesquels on devine la présence de l'artiste sous les traits d'un clown désenchanté ou, dans la série de photographies I don't live here anymore, une figure de mode. Ses personnages totémiques semblent surgir d'un rêve d'enfant ou d'une civilisation à jamais disparue. A la fois grotesques et sublimes, ils proviennent de sources aussi diverses que les masques de civilisations extra-occidentales ou encore les déguisements festifs pour le carnaval. Ils surgissent aussi de l'histoire de l'art en évoquant le Surréalisme ou les recherches plastiques de Picasso.

par Jindra Kratochvil Envie d'une autre journée désespérément ensoleillée? Envie d'un moment de pur bonheur supplémentaire sur une terrasse de café puisqu'il faut, décidément, profiter de la vie? Sincèrement - n'y a-t-il pas de quoi ressentir une sorte de malaise à aborder, une fois de plus, ces sujets visiblement épuisés, à savoir les récits des déplacements géographiques et des péripéties touristiques, le tout ponctué de l'incontournable « ça fait du bien »? Fort heureusement, la monotonie estivale est finie, tant mieux. Enfin la pluie, le brouillard et la nuit en plein jour qui vous apporteront le soulagement tant attendu. Ainsi, vous ne serez plus obligés de chercher des excuses pour rester chez vous, ce qui est, en soi, déjà réconfortant. Et peut-être apprécieriez vous de retrouver des moments plus sobres et plus subtils, propices à l'écoute des musiques discrètes et moins agitées. A ce titre, nous saluons la clarinettiste Béatrice Berne et la sortie de son nouvel album Dédicaces, entièrement consacré à son instrument de prédilection, mais en premier lieu, à son jeu instrumental exceptionnel. A travers les compositions qui lui ont été dédiées par Daniel Meier, Gilles Raynal et Jean-Marc Jouve, Béatrice Berne approfondit des univers musicaux bien distincts mais construits autour d'une contrainte commune particulière: l'écriture pour un instrument seul et l'ouverture fondamentale sur son potentiel sonore enfoui. Car, pour un instrument, c'est un véritable moment de grâce que de pouvoir sortir d'une orchestration d'ensemble, où, trop souvent, il se voit réduit à un rôle parmi d'autres...

Berlin. (non) simultané

Berlin. (un)gleichzeitiges Angela Sanmann - 2009 Français - Allemand

ISBN : 978-2-930438-31-3 64 pages - 8 EUR Format : 10x17 CM

Angela Sanmann est une des remarquables voix émergeantes dans la jeune, et foisonnante, poésie allemande contemporaine. Sa poésie, bien qu'étant impliquée essentiellement dans l'univers urbain, souvent dur, confrontée à l'histoire, aux histoires, d'une ville comme Berlin notamment, reste toujours élégante, elle questionne et elle respire. Le regard de la poétesse sur la ville est impitoyablement juste et sans complaisance, mais sans jamais cependant céder en grâce dans ses visions détaillées ; qu'il s'agisse de Berlin, qu'elle a choisi comme ville d'adoption, ou de Paris, Lyon, Nantes, Leipzig ou encore Bruxelles, destinations de ses nombreux voyages et de ses recherches poétiques. Outre la confrontation lyrique avec la ville, Angela Sanmann écrit de courts poèmes - un vrai défi, la forme courte - d'ordre plus personnel, surgissant du quotidien immédiat, poèmes d'une douceur froide pourrait-on dire, qui offrent des aspects du sentiment amoureux, de la solitude aussi, ainsi que du spectre des souvenirs. Rares sont les voix dans la poésie aujourd'hui qui, avec une telle cohérence, sondent et lient les convulsions de nos villes à l'intime.