ALCHIMIE DU PAPIER

en collaboration avec les Ateliers Michael Woolworth

Estampes de Stéphane Bordarier, Diana Copperwhite, Daniel Clarke, Vincent Corpet, Marc Desgrandchamps, Jim Dine, Richard Gorman, Marie-Ange Guilleminot, Frédérique Loutz, Miquel Mont, Stéphane Pencréac'h, Jean-Baptiste Sécheret, Djamel Tatah, Otto Zitko.

du 30 octobre au 29 novembre 2009

Vernissage le jeudi 29 octobre à partir de 18 heures

Galerie Françoise Besson

10 rue de Crimée 69001 Lyon

Légende image : Jim Dine, Woodcut in Paris and Tokio, 2005, bois gravé et rehaut manuel, 76 x 66 cm, papier japon 60gr., 12 ex. courtesy Michael Woolworth.

Le Livre des masques, Rémy de Gourmont

Note de lecture de Ludovic Roguet

De même que Proust rêvait d'un seul volume pour sa Recherche du temps perdu, les deux tomes du « Livre des masques » de Remy de Gourmont, publiés en 1896 et 1898 au Mercure de France, sont désormais réunis en un seul par les Éditions Manucius.

« Le Livre des masques » aurait pu s'intituler le livre des livres, Gourmont dans ces pages dresse les portraits d'écrivains « symbolistes » et tente à travers ce kaléidoscope de donner une définition de ce mouvement. « Que veut dire Symbolisme ? » s'interroge Gourmont dans sa préface, il répond : « c'est, même excessive, même intempestive, même prétentieuse, l'expression de l'individualisme dans l'art ». Et de fait, quel point commun entre Mallarmé, Lautréamont, Rimbaud pour ne citer que les plus illustres des Masques passés à la postérité, et des figures oubliées comme Dumur, Mikhaël, Poictevin ? Selon Gourmont, l'originalité, expression qui revient à maintes reprises, comme le souligne Daniel Grojnowski dans sa préface à cette nouvelle édition. Pour Gourmont : « L'œuvre d'un écrivain doit être non seulement le reflet, mais le reflet grossi de sa personnalité. » Ce principe de l'originalité, de l'individualité, cartographie un territoire aux frontières souples même entre les genres littéraires, où seule la Poésie règne dans les romans (Eeckoud, Lorrain, Rachilde), dans le théâtre (Maeterlinck, Claudel) comme dans les recueils.

Cette poésie imprègne également les fameux Masques dessinés par Felix Vallotton pour accompagner chacune des 53 études. Ces 53 têtes gravées sur bois, sans cous ni épaules, se détachent avec force de la page blanche, des icônes plus que des visages. Toutes sont singulières, identifiables mais la simplicité des formes, le contraste des noirs et blancs signent leur commune appartenance à une même famille « symbolique », dans tout les sens du terme.

Ces masques-icones gravés par Vallotton à partir de photographie, ou purement imaginaire comme celui de Lautréamont, sont comme des négatifs qui accompagnent plus qu'ils n'illustrent la « promenade littéraire » de Gourmont. Le projet de Gourmont n'est pas de faire des portraits littéraires comme maints de ces contemporains de Huret à Sainte-Beuve le font, les masques prennent alors le relais de l'écriture.

Pour Oscar Wilde, « le masque dit le vrai plus que le visage », comme nous le rappel bien à propos D. Grojnowski.

APOKALYPTISCHE REITER (Les Cavaliers de l'Apocalypse)

EXPOSITION DU 10. X AU 11. XI. 09

URDLA Centre international estampe et livre

207, rue Francis-de-Pressensé Villeurbanne

Du mardi au vendredi, 10h-18h.

tél. 04 72 65 33 34 fax 04 78 03 95 57 Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Voir les images de l'exposition.

Légende image : « Plague », xylographie, 120 x 160 cm, 14 ex. / vélin d'Arches.

Hippocampe 2 nouvelle série | parution le 15-10-2009

148 pages | 9 euros (points de vente et information voir rubrique "Contact")

Avec le soutien de la p1010241.jpgListe non exhaustive des contributions : Entretien avec le cinéaste Alain Tanner | Photographies inédites prises par le poète Gustave Roud | Reprise d'un article de Jean Starobinski de 1942 (plus édité) | Cartes postales envoyées de Suisse par Henri Calet lorsqu'il rédige Rêver à la Suisse | Texte inédit de Robert Walser : Basta | Le Guide du voyage en Suisse de Jean Paulhan par Bernard Baillaud | Essai sur Fischli & Weiss par Fanny Schulmann | Trois interventions de Fabio Pusterla dont un poème (Babel) et un essai « La situation culturelle Suisse » | Hermann Hesse et l'Ile des morts de Böcklin par Roger Dadoun | Gravures de très grand format de Franz Gertsch par Rainer Michael Mason | Trois revues romandes entre 1940 et 1945 par Doris Jakubec | Le minotaure de Dürrenmatt par Andrea Guiducci | Sur l'art concret, par Gottrfied Honneger | Les riches heures de la scène artistique genevoise…, par Christian Besson | Note sur la peinture de Francis Baudevin | Herzog & de Meuron et Peter Zumthor | Rémy Zaugg scénographe d'exposition, par Gwilherm Perthuis | Introduction à la Suisse merveilleuse, par David Collin | Aby Warburg à Kreuzlingen, par Jacques André | Rock&roll Suisse, par Bernard Comment | Jean-Luc Godard, par Jacques Sicard | Recension de livres : Suite Suisse d'Hélène Bessette (Annalisa Lombardi), L'Italien à la paresseuse d'Henri Calet (Cyrille Noirjean), Le Rêve de Walacek de Giovanni Orelli, la correspondance Roud/Nicole... Création en hommage à Grisélidis Réal de Alexandra Pouzet et Alain-Pierre Pillet. gygi ok.jpg Fabrie Gygi, Bâche, oeillet, sangle, linogravure,110 x 200, 16 ex., éditeur URDLA Centre international estampe et livre, VIlleurbanne.

Un article consacré au numéro 1 nouvelle série de la revue Hippocampe dans Les Lettres françaises du samedi 3 octobre 2009 (livré avec L'Humanité).

Lien pour voir l'article (page X).
par Jindra Kratochvil Vous souvenez-vous de la plus grande ellipse cinématographique de tous les temps? Lorsque l'os-devenu-outil projeté en l'air trouve son écho en l'image d'un vaisseau spatial flottant dans l'espace interstellaire? Partons de l'hypothèse suivante: les principaux protagonistes de 2001 l'Odyssée de l'espace sont au moins deux - l'homme, que nous avons l'habitude de reconnaître en qualité d'instigateur des événements, et l'outil, qui dépasse son statut d'objet inerte pour se transformer en quelque chose d'autre, qui est doué d'une volonté propre et dont le destin pourrait éventuellement se dissocier de celui de l'homme. Nous n'avons pas l'ambition d'illustrer cette hypothèse par d'innombrables récits dans lesquels les créatures échappent à leurs créateurs, il s'agit là d'établir un léger rapprochement avec le rôle de la machine dans la musique contemporaine. Plus exactement - avec un événement consacré à la musique électronique expérimentale qui a eu lieu le 1er octobre 2009 à Lyon dans le cadre du festival Riddim Collision 11. La programmation de la soirée était relativement « éclectique » et présentait quatre spectacles, mais nous allons exploiter la ruse de Kubrick pour nous intéresser uniquement aux extrémités. L'ouverture avec Pierre Bastien puis la clôture avec Pan Sonic.

Joseph L. Mankiewicz: The Ghost and Mrs. Muir (L'Aventure de Mme Muir)

1

Assise dans un fauteuil, parfaitement immobile, à peine plus qu'une silhouette dans la demi-obscurité qui émane d'elle et qui la cercle, elle se parle bas, d'une voix blanche.

Inaudible la voix ne respire pas, les mots n'ont pas d'adresse, le corps est sans attente, on ne lui soupçonne ni l'abandon du repos ni la préméditation d'un geste.

On ne voit pas les yeux, paupières closes, mais on les devine ouverts sur la parole dite, ils la lisent, les yeux ont toujours lu, de même la parole n'a jamais eu d'existence au-delà d'une image effleurée dans l'œil.

C'est Lucy Muir, de Mankiewicz, c'est l'amour intransitif de Lucy Muir, l'essentiel des forces d'une vie dépensé à s'asseoir, au propre comme au figuré, et à se regarder passer, c'est-à-dire à suivre l'enchaînement de ses propres fictions.

2

Que devient la réalité lorsqu'elle est projetée sur un écran ? Elle y laisse sa peau. Au sens aussi bien de mourir que de muer. L'exsuvie que le serpent abandonne, c'est tout ce qui reste sur la toile du grand chantage du vivant. Apparences qui, d'être sans substance, ne se reconnaissent plus.

Que devient l'amour, naturellement cinégénique, lors de sa projection sur les praticables du monde ? Une solitude jalouse. C'est Lucy Muir, amante intransitive qui, le temps d'une vie oubliée, avec plaid et verre de lait, suit les variations chromatiques du jour dans le cadre de la baie vitrée de sa chambre - comme l'on contemple les «poussières dans un rai de lumière » de Vilhelm Hammershoi ; les pigments de la peinture interdisant la condensation en figures, même fugitives, de leur pulvérulence ; ce qui induit chez le spectateur une passion indéfinie, mais également une joie de l'inaction, un plaisir de se laisser couler. Le cœur épris et le corps dispos. Le cœur exalté qu'emportera sa nécrose, dans un corps dispensé de « l'héroïsme du quotidien ».