par Anthony Dufraisse

 

Manuel Cervera-Marzal, Les Nouveaux désobéissants : citoyens ou hors-la-loi ?
Lormont, Le Bord de l’eau, 2016, 161 p., 14 €. 

 

La désobéissance civile renouvelle la démocratie, pose un essai de Manuel Cervera-Marzal, dont on peut regretter qu’il laisse de côté certaines questions d’ordre psychologique et idéologique, pourtant décisives pour une compréhension totale de ces mouvements et collectifs d’hommes et de femmes qui estiment devoir dire non.


par Septembre Tiberghien

 

Nathalie Czech, CRAC Alsace, Altkirch
jusqu’au 18/09/2016, www.cracalsace.com

 

Le visiteur de cet ancien établissement scolaire reconverti en Centre d’art sera sans doute surpris par la forme particulièrement ludique que prend l’exposition de Natalie Czech en ses murs. En effet, l’artiste allemande a élu l’intertextualité comme approche créative et ne cesse de renvoyer le spectateur à sa propre activité de lecteur. L’important ici n’est pas tant de décrypter l’image formée par et grâce au texte, mais d’arriver à lire entre les lignes. Si l’exercice peut parfois paraître fastidieux, on en sort toutefois récompensé par une joie quasi puérile, celle d’avoir réussi à vaincre un mot croisé difficile.


par Gwilherm Perthuis

 

Ugo Rondinone. Becoming Soil
Carré d’art, Nîmes, jusqu’au 18/09/2016

Catalogue édité par Hatje Cantz, 2016, 100 p., 40 €.

 

L’artiste suisse Ugo Rondinone, installé à New York, était récemment le commissaire de la rétrospective consacrée au poète américain John Giorno au Palais de Tokyo. Jusqu’au 18 septembre, au Carré d’art de Nîmes, il présente un état de son propre travail en réunissant des pièces anciennes (sculptures, installations, dessins, peintures) et des séries encore ouvertes, en cours de création, tels que les grands nuages schématiques bleu ciel qui apportent un peu de couleur à une exposition très graphique. Elle se présente comme un sondage dans l’œuvre de Rondinone, un aperçu à l’instant T, une proposition circulaire dont on ne peut déterminer un début et une fin. L’inscription du geste artistique dans une temporalité est envisagée de manière contradictoire : les titres consistent en la date complète de réalisation de l’objet écrite en lettres capitales, sans espace, sur un cartel associé à l’œuvre et la détachent d’un continuum temporel, alors que les cadrans en verre teinté, des horloges sans aiguilles qui ponctuent le parcours ouvrent notre contemplation à un espace-temps illimité où les repères s’effacent.


par Paul Ruellan

 

Aldo Manuzio. Il rinascimento di Venezia
Venise, Galerie de l’Académie, jusqu’au 19/06/2016

Catalogue édité par Marsilio Editori, 2016, 376 p., 45 €.

 

L’exposition « Lyon Renaissance – Arts et Humanisme », qui s’est tenue au musée des Beaux-Arts de Lyon à l’automne 2015, a permis de découvrir de nombreux chefs-d’œuvre de l’édition lyonnaise du XVIe siècle, notamment par la présence de livres illustrés. Lyon, carrefour européen, permettait la diffusion de l’iconographie nordique tout en recevant l’influence de l’Italie dans l’art de la typographie. « L’influence de l’Italie », c’est-à-dire de Venise, capitale de l’imprimerie, c’est-à-dire d’Aldo Manuzio, le maître du genre et figure incontournable de l’édition à la Renaissance. Au printemps 2016, une exposition remarquable se tenait à la Galerie de l’Académie à Venise : bel écho à l’événement lyonnais, celle-ci s’intitule « Aldo Manuzio – Renaissance à Venise». Le pari d’édifier une exposition autour d’une figure peu connue du grand public, et de surcroît non artiste au sens courant du terme, est réussi. On comprend pleinement le rôle central qui fut celui de l’imprimeur lettré, au tournant des XVe et XVIe siècles, dans la Sérénissime.

 

par Daniel Bougnoux

 

Dans mon ouvrage Shakespeare. Le Choix du spectre comme autour de sa publication, dans divers articles ou entretiens à la radio, je m’interroge sur les conditions d’un surprenant mensonge : comment se fait-il qu’on sache si peu de choses sur la vie d’un des auteurs que nous aimons le plus, comment peut-on accepter la fable qui fait du bourgeois enrichi de Stratford-upon-Avon le père de textes aussi considérables, comment enfin cette mystification a-t-elle perduré et prospéré jusqu’à cette année du quatre-centième anniversaire, où l’on enterre une nouvelle fois « Shakespeare » dans un cerceuil qui n’est probablement pas le sien ?


par Claude Chambard

 

Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2011-2015
Lagrasse, Verdier, 2016, 1208 p., 38 €

 

Depuis 1980 Pierre Bergounioux tient ses carnets avec une attention rare. Si les premières années ne le voyaient pas au travail chaque jour, bien vite la nécessité de noter, chaque matin, les événements de la veille dans de gros cahiers, s’est invitée dans sa vie.  L’auteur des débuts n’est pas encore, à proprement parler, un écrivain, puisque son premier roman, Catherine, paraîtra, aux bons soins de Pascal Quignard, chez Gallimard en 1984.


par David Collin

 

Alain Deneault, La Médiocratie
Montréal, Lux éditeur, 2015, 224 p., 15 €.

 

Viser la moyenne, c’est promouvoir la médiocrité. Voilà ce que me disait mon professeur de philosophie au lycée. Alain Deneault enseigne lui aussi la philosophie à Montréal, et son livre décortique la perversité d’un système fait de soumissions et d’éteignoirs, qui transforme notre société en médiocratie. Est médiocre ce qui est moyen. Ce qui est tiré vers le bas. Difficile d’expliquer cela à un statisticien qui pense que la moyenne est l’image d’une pensée collective. Ce que nous imposent les gestionnaires et les politiques ? Aucune tête ne doit dépasser et surtout, par pitié, évitons l’enthousiasme. Pas de vagues. Tout doit être contrôlable, « gérable », et mesurable par des pseudo-experts qui en réalité ne sont experts en rien, et qui se trouvent perpétuellement incapables de comprendre la nuance, « le sensible, le singulier » dont sont fait les humains et le monde que nous percevons, qui nous traverse à condition que nous ayons encore le sentiment de posséder et de ressentir à travers un corps.