par Daniel Bougnoux

 

Dans mon ouvrage Shakespeare. Le Choix du spectre comme autour de sa publication, dans divers articles ou entretiens à la radio, je m’interroge sur les conditions d’un surprenant mensonge : comment se fait-il qu’on sache si peu de choses sur la vie d’un des auteurs que nous aimons le plus, comment peut-on accepter la fable qui fait du bourgeois enrichi de Stratford-upon-Avon le père de textes aussi considérables, comment enfin cette mystification a-t-elle perduré et prospéré jusqu’à cette année du quatre-centième anniversaire, où l’on enterre une nouvelle fois « Shakespeare » dans un cerceuil qui n’est probablement pas le sien ?


par Claude Chambard

 

Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2011-2015
Lagrasse, Verdier, 2016, 1208 p., 38 €

 

Depuis 1980 Pierre Bergounioux tient ses carnets avec une attention rare. Si les premières années ne le voyaient pas au travail chaque jour, bien vite la nécessité de noter, chaque matin, les événements de la veille dans de gros cahiers, s’est invitée dans sa vie.  L’auteur des débuts n’est pas encore, à proprement parler, un écrivain, puisque son premier roman, Catherine, paraîtra, aux bons soins de Pascal Quignard, chez Gallimard en 1984.


par David Collin

 

Alain Deneault, La Médiocratie
Montréal, Lux éditeur, 2015, 224 p., 15 €.

 

Viser la moyenne, c’est promouvoir la médiocrité. Voilà ce que me disait mon professeur de philosophie au lycée. Alain Deneault enseigne lui aussi la philosophie à Montréal, et son livre décortique la perversité d’un système fait de soumissions et d’éteignoirs, qui transforme notre société en médiocratie. Est médiocre ce qui est moyen. Ce qui est tiré vers le bas. Difficile d’expliquer cela à un statisticien qui pense que la moyenne est l’image d’une pensée collective. Ce que nous imposent les gestionnaires et les politiques ? Aucune tête ne doit dépasser et surtout, par pitié, évitons l’enthousiasme. Pas de vagues. Tout doit être contrôlable, « gérable », et mesurable par des pseudo-experts qui en réalité ne sont experts en rien, et qui se trouvent perpétuellement incapables de comprendre la nuance, « le sensible, le singulier » dont sont fait les humains et le monde que nous percevons, qui nous traverse à condition que nous ayons encore le sentiment de posséder et de ressentir à travers un corps.


Par Denis Montebello

 

Jean-Jacques Salgon, Parade sauvage
Lagrasse, Verdier, 2016, 128 p., 13,50 €.

 

La rencontre avec le passé n’est pas forcément décevante. Il arrive qu’elle dépasse nos espérances, que la grotte que nous visitions si souvent en rêve un beau matin (du mardi 10 août 2004) nous accueille dans cette nuit profonde où les peintures étaient plongées depuis plus de 20 000 ans. Où nous les découvrons. Miraculeusement surgies de ce que Buffon appelle le « sombre abîme du temps » (il s’ouvre sous nos pieds dès que nous l’évoquons). Formidablement présentes, et en même temps rétives, comme le passé quand il vient à nous et qu’il se dérobe à l’histoire, qu’il ne se laisse pas raconter ni même voir.


par Camille Paulhan

 

Paula Modersohn-Becker, L’intensité d’un regard
Musée d’art moderne de la Ville de Paris, jusqu’au 21 août 2016

Marie Darrieussecq, Etre ici est une splendeur
Paris, P.O.L, 2016, 160 p., 15 €

 

Il existe des expositions plaisantes et qui disparaissent aussi légèrement qu’elles sont advenues, qui font peu souvenir : celle de l’œuvre de Paula Modersohn-Becker (1876-1907) au Musée d’art moderne de la ville de Paris n’est pas de celles-là, elle qui n’est ni plaisante ni légère, et qui devrait durablement marquer celles et ceux qui la verront. C’est toujours avec une certaine curiosité qu’on attend certaines expositions d’artistes dont on nous dit que l’histoire de l’art les a injustement oubliés et qu’ils ont laissé derrière eux une œuvre faramineuse et singulière. Dans le cas de Paula Modersohn-Becker, c’est non seulement vrai, mais en plus d’une immense condensation: l’exposition, qui s’étend sur une dizaine de salles, court sur seulement sept années de création. Une broutille, pourrait-on dire, si l’artiste n’avait pas laissé derrière elle 750 peintures et plus de mille dessins, avant de mourir brutalement à l’âge de 31 ans. 

 
par Gwilherm Perthuis

 

John T. Hill et Heinz Liesbrock, Walker Evans: Depth of Field
New York, Prestel, 2016, 406 p., 69 €.

 

Le Josef Albers Museum Quadrat à Bottrop (Allemagne) et le High Museum of Art d’Atlanta ont collaboré plusieurs années afin de monter la plus importante rétrospective consacrée au maître de la photographie documentaire Walker Evans, depuis l’exposition du Metropolitan (2000). Composée de 180 photographies, provenant des meilleures collections américaines dont le MoMA et le Getty Museum, Walker Evans. Depth of Field retrace l’intégralité du parcours de l’artiste né en 1903 dans le Missouri et mort en 1975 dans le Connecticut. La jaquette du riche catalogue, édité par Prestel, est composée d’un document intrigant provenant d’une manufacture qui fabriquait des yeux artificiels à la fin du XIXe siècle. Cette interrogation sur ce que l’on voit, sur les capacités physiques du regard, mais aussi sur sa dimension intérieure, la sensibilité du regard, ou au contraire son extrême objectivité sont autant de fils sous-jacents dans le déroulé chronologique de ce livre coordonné par John T. Hill, éminent spécialiste de Walker Evans et qui fut son exécuteur testamentaire jusqu’en 1994. 

 

Hippocampe / De(s)générations : les revues en question

Samedi 6 août 2016 à 17 h 30
GAC 1 boulevard de la République 07100 Annonay

 

Dans le cadre de l'exposition De(s)générations, qui a lieu au GAC d'Annonay jusqu'au 21/08/2016, Gwilherm Perthuis, responsable d'Hippocampe éditions (revue, journal et maison d'édition) est invité à évoquer le rôle des revues dans l'élaboration de la pensée contemporaine et à présenter l'histoire et l'articulation des différents projets d'Hippocampe éditions à l'occasion d'un dialogue avec Philippe Roux, directeur de la revue De(s)générations.

 

Entrée libre

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