Par Jean-Jacques Salgon

 

Jean Rolin a écrit un récit très distancié, très pudique, moderato cantabile, sur sa relation avec Kate Barry décédée tragiquement en décembre 2013. Une sorte de voyage entre fiction et réalité, à contretemps, à clochepied, à travers des images filmées et des choses vues qui ne sont pourtant que des pâles et fugaces copies de la réalité, un peu comme ce reflet d'elle-même dans cette flaque d'eau de pluie que Kate avait filmé  au cours de leur voyage en 2007 à Savannah et dont un orage providentiel permet au narrateur, en pèlerinage sur les lieux sept ans plus tard, de  vérifier qu'il ne s'y trouve plus.  Tout l'univers de Rolin (zones portuaires, carrefours périurbains, bords de route, motels miteux, tatou mort, écureuils, quiscales) s'y trouve rassemblé comme une offrande posthume à celle qui, tous les matins, se cachant sous la couette, lui réclamait d'une voix enfantine “cinq petites minutes de répit".

 

Jean Rolin, Savannah, Paris, POL, 2015, 128 pages, 12 euros

A paraître en mai 2015