par Gwilherm Perthuis

 

Kevin Salatino
Art incendiaire
Paris, Macula, 2015, 168 pages, 24 €

 

Après un premier volume consacré à la Poétique du banc (Michael Jakob), la collection « Patte d’oie », éditée par Macula, s’enrichit d’une traduction inédite de l’étude de Kevin Salatino sur la représentation des feux d’artifice au début des Temps modernes. Avec Art incendiaire, celui qui fut conservateur du Département des arts graphiques au Getty Research Institute à la fin des années 1990 livre une réflexion passionnante sur l’usage politique des spectacles pyrotechniques. à la fois grandiose et effrayant, magnifique et bruyant, le feu d’artifice marque souvent l’apothéose des fêtes royales ou princières. « On sait que les fêtes de cour visaient avant tout à exalter les principes monarchiques et dynastiques, à prouver leur puissance par le faste et à souligner la distinction fondamentale qui existait entre la cour et le reste de la société. Mais la valeur de propagande de ces divertissements aussi coûteux qu’éphémères résidait moins dans l’événement lui-même que dans ce qu’il entraînait : la représentation de cet événement. » Par définition éphémères, ces artefacts culturels sont largement diffusés à travers l’Europe par l’intermédiaire des gravures et des livres illustrés qui ne retiennent évidemment que les réussites et accentuent leur caractère spectaculaire. Dans une première partie consacrée à la culture des feux d’artifice, les récits privés ou les compte-rendus des gazettes permettent à Kevin Salatino de mesurer l’écart entre les représentations officielles idéalisées, la plupart du temps gravées avant les fêtes, puis la réalité de ce que devait être ces spectacles.

 

Dans un second temps, l’auteur met en relation la richesse des effets produits par la pyrotechnique avec la théorie du sublime codifiée par Edmund Burke au milieu du XVIIIe siècle en rapprochant le feu d’artifice des éruptions volcaniques, ou des feux érotiques chez Goethe.

Kevin Salatino rassemble une iconographie variée, représentative de la diversité des stratégies visuelles empruntées par les artistes pour donner un caractère narratif à ces événements éphémères. Appuyée par des documents en noir et blanc et un cahier en couleur, son étude polysémique associe les dimensions poétique, érotique et politique de l’Art incendiaire. §