LITTERATURE

 

par Anne Maurel

 

Alexandre Friederich
Fordetroit
Paris, Allia, 2015, 128 pages, 6,50 €

 

Une étape dans le « Voyage » de Bardamu « au bout de la nuit », Détroit, la ville fondée par Henry Ford, est devenue le sujet unique du dernier livre d’Alexandre Friederich, Fordetroit, oscillant entre le récit d’aventure et le reportage.

L’écrivain voyageur, qui parcourt à vélo cette cité autrefois l’emblème du rêve américain et de la croyance dans le progrès, aujourd’hui en ruine, y cherche des traces de vie, même menue, et rapporte de son exploration une méditation lyrique sur l’effondrement d’un monde oublieux des valeurs spirituelles: «Les averses ont transformé les rues en marais. Des pans de ciel glissent sur le bitume. Je marche au milieu des incendies. Noyées dans le terrain, les églises chauffent au soleil. Un coq chante. Juchées sur les capots des voitures les familles fixent l’horizon. Les parents ne sont pas assis, ils sont affalés, ouvrent de grands yeux où se lit la tristesse. Carcasses brisées dans une peau terreuse, traits tombants (…) La marmaille se dispute. Des jeunes font rebondir des ballons orange.» L’écriture qui fait surgir dans le paysage des ombres fantastiques destinées à rester gravées dans l’esprit des lecteurs s’inscrit dans une tradition littéraire, celle de la satire sociale. Le livre semble vouloir être par sa langue même une protestation contre toutes les formes d’indifférence à l’état du monde et au malheur des hommes.

 

 

Article paru dans le journal critique Hippocampe n° 23 (octobre/novembre 2015)

Pour aller plus loin : l'émission "Entre les lignes" sur RTS/Espace 2, par David Collin