EXPOSITION


par Camille Paulhan


« Bertille Bak. Figures imposées »
Espace arts plastiques Madeleine Lambert
12, rue Eugène Peloux 69200 Vénissieux
Jusqu’au 14 novembre 2015

 

Pau-Vénissieux, en avion, par les voies fluviales ou en courant à travers champs : le trajet pourrait paraître incongru, mais il l’est sans doute assez peu en regard des expériences de voyage des femmes qui sont mises à l’honneur dans la dernière vidéo de Bertille Bak, Figures imposées.

Présentée actuellement à l’EAP de Vénissieux, cette œuvre a pour point de départ une commande de la Maison des Femmes du Hédas, à Pau, lieu accueillant des femmes étrangères ayant toutes connu la migration d’un pays à un autre. L’artiste ayant pour habitude de travailler avec des communautés diverses (familiales, religieuses, urbaines ou professionnelles), il s’est agi cette fois-ci d’essayer de comprendre comment formuler une pensée commune autour d’expériences de vie n’ayant en commun que le déplacement, volontaire ou forcé. Dans sa vidéo, co-écrite avec les participantes, apparaissent ainsi de singulières femmes d’action, toutes de sombre vêtues, s’entraînant les unes les autres à divers exercices de dissimulation. On les voit se cacher derrière des capots de voiture, s’infiltrer avec agilité dans des avions en construction, remplir un lac artificiel dans la montagne qu’elles traversent ensuite au fond sur la pointe des pieds. Les lieux donnent l’impression d’avoir été spécifiquement conçus pour que des cachettes opportunes viennent s’y nicher et accueillir des corps que l’on imagine contraints. Mais dans la vidéo ces derniers ne disparaissent pas: dans une scène marquante, les femmes posent sur des caisses, et la Vénus alanguie a laissé place à un corps actif, luttant pour se maintenir en équilibre sur une surface exiguë et inconfortable. Dans la vidéo d’une quinzaine de minutes, aucune voix n’est audible: pour communiquer entre elles, les participantes n’utilisent que les gestes. Mais ce n’est pas là une façon d’exprimer l’idée reçue selon laquelle elles seraient des sans-voix, réduites au silence : au contraire, les présenter comme des personnes agissantes, dépendantes uniquement de leur solidarité, est une façon de décaler judicieusement le regard sur la migration en ces temps troublés. 

 

Compte-rendu publié dans le journal critique Hippocampe, n° 23 (octobre-novembre 2015)