ART CONTEMPORAIN / SON

par Gwilherm Perthuis

 



Quel que soit le médium utilisé, l’artiste française Cécile Le Talec (1962) interroge depuis près de trente ans les liens entre le son, la musique, les enregistrements et les lieux, le paysage, l’architecture. Le titre de la monographie qui lui est consacrée aux éditions Dilecta, le mot-valise Sonorama, agrège les deux enjeux fondamentaux de ses recherches : les multiples modalités d’apparitions et de réceptions du son ainsi que l’ouverture panoramique sur un paysage, une étendue, un territoire. Cécile Le Talec part à l’aventure, munie d’une simple carte, traverse le paysage et capte les sonorités, les voix qui peuplent et caractérisent telle région, telle société, tel groupe d’individus. C’est à partir de ces matériaux bruts, mais aussi de ses rencontres sur le terrain avec des compositeurs, des scientifiques, ou des linguistes, qu’elle décline plastiquement – par la sculpture, la photographie, le dessin, l’installation ou la vidéo – une certaine histoire des arts sonores.

Depuis le début des années 2000, elle resserre ses investigations sur la question de la voix, un enjeu excessivement radiophonique, et explore les timbres, les grains, les tonalités, en partant à la découverte des langues sifflées, bourdonnées ou tambourinées… Elle s’intéresse tout particulièrement à la dimension musicale des langues et déclare : « Ce que j’aime : entendre les langues que je ne comprends pas. Quand je comprends, je n’entends plus la musique ». Le chant des oiseaux est souvent mis en œuvre par Cécile Le Talec, dans des bandes sons ou posés sur des portées musicales qui ressemblent à des fils électriques. Hommages à Olivier Messiaen et à John Cage...

Le catalogue suit un déroulé chronologique, des premières pièces du début des années 1990 aux dernières productions pour le Château des Adhémar (Montélimar) en 2015 et offre ainsi un spectre assez large, des tapisseries réalisées à Aubusson, aux murs de sons interactifs déclenchés par le visiteur, en passant pas l’utilisation du papier perforé… Enfin, le livre s’ouvre avec un abécédaire rédigé par l’historien de l’art Gunther Ludwig qui propose autant de définition de l’œuvre de Cécile Le Talec que de lettres de l’alphabet. § G.P.

 

Article publié dans le journal critique Hippocampe (n° 28, octobre/novembre 2016)
au sein du dossier "La radio, lieu de création ?"