APERCU

par Gwilherm Perthuis

 

Jan Fabre. Stigmata – Actions & Performances 1976-2016
Musée d’art contemporain, Lyon, jusqu’au 15/01/2017

 

 

Le Musée d’art moderne et contemporain de Saint-étienne s’était attaché, en 2012, à retracer l’histoire du travail au stylo bille de l’artiste protéiforme belge Jan Fabre : les années de l’Heure bleue (dessins et sculptures, 1977-1992). Cet automne, celui de Lyon opte pour une perspective bien différente, mais complémentaire, en proposant une rétrospective exhaustive de ses performances et actions, réalisées depuis 1976, dont des témoignages, des traces, des enregistrements, sonores ou vidéos, et des documents de natures multiples permettent de restituer des fragments ou des indices de pièces qui par définition s’évanouissent dans l’instant qui les a vu naître. à la fois plasticien, sculpteur d’insectes, chorégraphe, dramaturge (son œuvre théâtral est édité par L’Arche), artiste d’honneur associé au Festival d’Avignon en 2005, avec l’exposition Stigmata Jan Fabre apporte également à la réflexion sur la monstration de l’art de la performance au sein de l’institution muséale. En collaboration avec le critique d’art et commissaire d’exposition Germano Celant, il a conçu pour le MAC de Lyon un vaste paysage, dense, constitué de plus de 80 tables en verre posées sur des tréteaux, sur lesquelles, ou à proximité desquelles, sont rassemblées des photographies, des correspondances, des maquettes, des costumes, des objets significatifs qui permettent d’expliciter le principe de l’action, ou encore des vidéos, dont certaines sont des re-enactments de Pierre Coulibeuf. A partir du motif répétitif de la table, support qui est depuis toujours pour l’artiste « une sorte de scène, un territoire, une frontière », un lieu central dans l’élaboration de son travail, les stratégies mobilisées pour donner à voir et à comprendre les performances sont assez stimulantes et permettent d’éviter l’écueil de l’exposition seulement documentaire. Le dispositif d’accrochage est une vraie réussite : il offre la possibilité au visiteur de naviguer d’un projet à l’autre avec beaucoup de fluidité, de prendre conscience de thématiques récurrentes, de tisser les liens entre les propositions, tout en suivant une progression chronologique jusqu’à la tentative de ne pas battre le record de l’heure pour laquelle Jan Fabre a pédalé au vélodrome du Parc de la Tête d’or le soir du vernissage… § 

 

Article publié dans le journal critique Hippocampe n° 28 (octobre/novembre 2016)